Luc Moës

"Issues"

Ecope hardiment de ta barque les eaux salines de ta jeunesse innocente,

Accuse les coups du haut des tournis de ta grand-voile,

Par-dessus le passé des pestilences du pont, le remugle des cabines,

Jusqu'à la coque, son tapis de palourdes, l'oursin coquin

 

Tout alentour, la valse des requins, le bal des méduses qui médisent

La gente intruse, vicieuse, la ronde galante des crinolines, le feu d'enfer,

L'étrille de l'angoisse à se penser plus près de son dieu de circonstance

Quand on reprend à échéance régulière, à grands flots, les scènes de titans

 

Choisis donc la terre aussi ferme que sûre, malgré ton pied marin,

Pour que tu ne jures jamais de défier le destin par sotte forfanterie

Tout au contraire, épouse les sagesses du limon dont tu feras ton champ

Tu lui feras confiance, en lui laissant des germes, encore à peine semences

 

Il faut croire qu'après le printemps de ces promesses consenties,

L'été n'en sera que plus fécond, pour toi, pour eux, en ses moissons

Après plusieurs décennies, on se plaira à contempler l'espace paisible

Où ton esquif a certes échoué là, sans avoir dit pourtant son dernier mot