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Devenir mages

Homélie pour l'épiphanie A

Tout commence comme dans des contes orientaux : « Voici que des Mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem … ». Réalité ou légende ? Eh bien, les deux. Matthieu nous raconte une histoire réelle sous les draperies du récit populaire. Son intention est de nous inviter à refaire pour notre compte l’itinéraire spirituel des Mages.

Les Mages ont rencontré trois signes. Trois signes qu’ils ont su déchiffrer : l’étoile, la Parole et l’enfant. En fait, trois jalons pour rencontrer Dieu.

Le premier signe de Dieu est sa création. Les étoiles, le ciel habité, voilà la première trace qui nous permet de découvrir Dieu et de rejoindre le Christ.

Il y a 5 ans, j’ai passé 15 jours dans le désert d’Algérie en route vers l’Assekrem, là où a vécu Charles de Foucauld. Passer des nuits à contempler la lune, les étoiles, le ciel, loin des lumières et des bruits de notre civilisation … quelle splendeur ! Se laisser étonner, tout recevoir comme un don, ne peut que laisser surgir en soi la présence du Créateur.

Ne dit-on pas qu’un vrai savant, c’est un enfant patient qui sait admirer et s’étonner ? Un vrai savant échafaude des hypothèses, mais si cela ne marche pas, il recommence. Il ne critique pas la réalité. Il remet en cause son hypothèse. Il s’efface et il s’oublie. Il se laisse remplir d’admiration.

Le prototype du mage, c’est Einstein. Il est mort dans l’angoisse d’avoir livré les secrets de l’atome à des politiciens endurcis. « J’aurais mieux fait d’être plombier », disait-il. Mais il a gardé son regard d’enfant, cela se voit dans son visage. Il jouait avec la relativité comme un enfant joue à la balle. Il était de ces vrais savants qui se laissent plus éblouir par le mystère qui leur échappe que par les parcelles de vérité qu’ils en ont arraché.

Quant on a reçu ce choc de l’éblouissement devant la beauté du ciel, des étoiles, de la création, on devrait dire : « C’est trop génial, derrière tout cela, il y a vraiment une intelligence qui me dépasse ». Ce fut le premier éblouissement des mages. Un éblouissement qui va déboucher sur l’adoration de l’enfant divin. Un éblouissement qui ne peut que déboucher, avec le temps, sur la découverte du Christ.

Le second guide qui mène à Dieu, c’est la Bible, sa parole inépuisable. Imaginer un artiste de génie qu’on invite à une soirée. Et voilà que tout le monde prend la parole et donne son avis. Cela devient la tour de Babel. Mais si on accepte de se taire et d’écouter son poème ou sa musique, alors cela devient inépuisable, comme une cantate de Bach, une pièce de Shakespeare, un poème de Rimbaud. Il devra parler, non pas pendant des heures ou des années, mais pendant des siècles.

La Parole de Dieu, la Bible, c’est cela. Si à chaque verset, vous vous mettez à discuter, vous ne saurez jamais ce que dit Dieu. Vous ferez de ce texte un grimoire poussiéreux. Il ne faut pas interrompre l’orateur. Il faut laisser la mélodie résonner en soi.

Ici aussi pour en découvrir toute la beauté, il faut avoir un cœur d’enfant. Comme les Mages, il faut, non seulement admirer la création, mais aussi écouter et se laisser guider par la Parole d’un autre. Si tous les chemins mènent à Rome, l’éblouissement devant la création et le silence devant la Parole de Dieu, mènent, un jour, au Christ.

Le troisième signe, précisément, c’est l’enfant. Quant on regarde le passé du christianisme, on remarque que la majorité de ce qu’on appelle les « hérésies » rejettent l’humanité de Jésus. C’est pourtant le plus sûr chemin pour sortir Dieu des abstractions desséchantes.

Admirer le sourire spontané d’un enfant, se laisser toucher par la limpidité de son regard, accueillir ses mains tendues en quête de caresses, c’est le chemin pour découvrir la limpidité de l’enfant divin.

Dieu s’est fait petit enfant, fils des hommes pour que nous nous découvrions, au creux de nos existences les plus quotidiennes, fils et filles bien-aimés du Père.

Comme les Mages, après l’éblouissement de la création, après l’écoute de la Parole venue d’un Autre, voici la fraîcheur du visage d’un enfant. L’enfant, chemin vers le Christ.

Et si, comme les mages, nous apprenions à nous laisser émerveiller par l’harmonie des étoiles, la profondeur des Ecritures et la beauté du visage humain ? Voilà, sans doute, les chemins les plus sûrs pour que naisse en nous une aventure avec Dieu, l’aventure de la foi, l’aventure des Mages.

Il ne reste plus qu’à nous mettre à genoux, à nous prosterner dans le silence et l’adoration.