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Qui donc est Dieu ?

Une homélie pour la fête de la sainte Trinité

Comme moi, vous aimez sans doute feuilleter des albums photographiques familiaux. Sur la plupart d’entre eux vous verrez très probablement la figure rieuse d’un petit bambin de 4, 5 ans armé d’un petit seau et d’une petite pelle en train de tenter de faire entrer toute l’eau de la mer dans son petit seau.

 

Vous savez ou vous ne savez pas que le grand évêque d’Hippone Saint Augustin se servit de cette scène familière pour nous indiquer qu’il était aussi impossible de comprendre le mystère que nous célébrons aujourd’hui que pour cet enfant de faire entrer toute l’eau de la mer dans son petit seau.

 

Voici une autre image, celle employée cette fois par un témoin plus récent : Mère Térésa de Calcutta : elle déclara un jour à un journalistes que tout ce qu’elle faisait pour les autres dans les rues et les mouroirs de Calcutta représentait une goutte d’eau dans l’océan de la misère humaine, et que si cette goutte d’eau ne s’y trouvait plus, elle manquerait cruellement. Saint Augustin a donc un peu tort quand il affirme que nous n’avons guère de chance de comprendre le mystère de la Sainte Trinité qui est aussi et surtout un mystère d’amour en marche, comme la goutte d’eau de Mère Térésa. Le petit garçon a au moins pu faire entrer plus de 50 cl. d’eau de mer dans son petit seau; et c’est mieux, largement mieux qu’une goutte d’eau. Alors, avec cette petite quantité d’eau, essayons de saisir ce que nous pouvons saisir de la réalité qu’il nous est proposé de célébrer et de contempler ce dimanche.

 

L’évangile que nous venons d’entendre ne nous propose pas une réflexion théorique ou mathématique, mais une histoire en marche; un théologien français d’aujourd’hui, le Père Joseph Moingt, dans un volumineux ouvrage sur Jésus : «L’homme qui venait de Dieu», parle, lui, de la rumeur en marche de Dieu : un mouvement, une histoire dynamiques qui se mettent en marche et prennent comme terrain toute la surface de la terre, et cela depuis le matin de la première Pentecôte que nous venons de célébrer dimanche dernier. C’est la démarche d’un Dieu qui désire communier avec toute la terre; ce Dieu devrait d’ailleurs plaire à nos sociétés contemporaines dont la voie vers le bonheur est d’être relié au monde entier par Internet, mail, fax ou GSM. Le désir de communiquer des êtres humains par-delà les frontières, les continents et les satellites n’a probablement jamais été aussi grand ; mais certains ne vivent-ils pas cette réalité de la communication tous azimuts enfermés dans une bulle, ou isolés au milieu d’un réseau infini de communications.

 

Et si Dieu Trinité nous apprenait la vraie nature des relations dont nous avons tous faim et soif ?

 

Car si l’homme est créé à l’image de Dieu, ce qui fait le bonheur de Dieu : d’être en relation, ne ferait–il pas le bonheur de l’homme ? Or le bonheur de Dieu, selon ce qu’il nous a révélé en Jésus, nous le constatons dans la communion du Père avec son Fils. Un Père qui a tout remis entre les mains du Fils, et un Fils totalement abandonné à la volonté aimante du Père, faisant librement offrande de lui-même sur la croix : Ma vie, a dit Jésus, nul ne la prend, c’est moi qui la donne. Nous n’avons d’ailleurs pas d’image de Dieu plus manifeste que celle de Jésus, le juste, innocent, torturé, étendant les bras entre ciel et terre sur la croix.

 

La relation du Père et du Fils est à ce point débordante d’amour et de confiance, que cet amour a une autonomie propre : c’est ce que la révélation a appelé l’Esprit Saint.

 

Cet Esprit partage la communion du Père et du Fils et collabore intimement à leur œuvre de création et de salut. C’est par le souffle de l’Esprit que le Père a façonné le cœur de l’homme pour qu’il devienne pour lui un fils. C’est par le don de l’Esprit accordé aux prophètes qu’il a préparé un peuple où est né Jésus, son Fils bien-aimé, afin que tous les hommes, toutes les femmes puissent devenir un jour fils et filles de Dieu.

 

C’est dans l’Esprit que des hommes nouveaux ont été et sont encore aujourd’hui envoyés à toutes les nations leur annonçant le Royaume, et les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit.

 

Nous sommes donc depuis notre baptême habité par cette triple énergie de l’Amour divin. D’une énergie et d’une présence qui ne s’imposent jamais, n’entrent jamais comme par effraction chez nous, mais nous murmure inlassablement : « Vois, je me tiens à ta porte, et je frappe, si tu m’ouvres, j’entrerai chez toi, et ce sera la fête ; nous dînerons en tête à tête, moi avec toi, toi avec moi ».

 

La rumeur de Dieu, la vague de Dieu a donc pénétré sur nos rivages ; avec notre petit seau et notre cœur d’enfant, il nous est loisible d’en capter l’énergie et la vie ; et autour du monde tant d’êtres humains font la même chose armé de la même foi, habité de la même espérance.

 

Dieu n’est donc compris ni dans une définition, ni dans une théorie, mais dans une vie, une histoire, un visage, une source que nous pouvons capter et re-capter quand nous le voulons. Cette source, nous l’avons en nous depuis notre baptême. Elle sourd même parfois à notre insu, mais elle est là. Jésus a voulu nous en donner les instruments pour la capter et la canaliser afin qu’elle soit notre plus précieux trésor. Elle est à portée de notre main cette vie de Dieu, comme le sont le pain et le vin, le corps et le sang de Jésus ressuscité auxquels nous allons communier au cours de cette Eucharistie. Ne laissons donc pas s’échapper l’eau, l’énergie de notre petit seau, et n’oublions pas de verser aussi notre petite goutte d’amour dans l’océan de la misère humaine ; elle a la saveur même de Dieu, répand sa rumeur, dévoile son visage au milieu des hommes et des femmes de notre temps . Amen !