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Attendre l'Esprit

Nous sommes dans une période d’attente. Nous avons fêté l’Ascension du Seigneur, la fin de sa présence terrestre parmi nous, et nous attendons la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint, qui nous donne la manière de réagir de Jésus par rapport au monde qui l’entourait. Nous attendons l’Esprit qui permet à l’Eglise de continuer l’œuvre du Christ. Nous sommes en attente car c’est un peu comme si nous vivions une période d’absence de Jésus. Il est monté vers le Père et n’a pas encore donné son Esprit.

C’est donc le temps du désir. C’est comme si nous avions à réapprendre à faire croître le désir de Dieu. Mais comment faire croître cet appétit ? L’Evangile nous le dit, Il nous montre Jésus en train de prier.

 

A la différence de Matthieu et de Luc, l'évangile de Jean ne rapporte pas le Notre Père, mais ce que nous lisons ici est tout à fait dans la même ambiance : "Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage" fait écho à "Notre Père qui es aux cieux, que ton NOM soit sanctifié..." Et à la fin de ce texte, "Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais que tu les gardes du Mauvais" cela résonne de la même manière que : « Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du Mal ». Quant à la phrase "Que ta volonté soit faite", elle n'est pas dite ici, mais Jésus n'a que cela en tête, l'accomplissement du projet de Dieu. Le projet de Dieu, c'est que le monde créé tout entier devienne lieu d'amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer.

 

Nous avons à travailler le monde à l’intime de celui-ci. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l'intérieur. Mais s'ils veulent le transformer, cela veut dire qu'ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu'ils veulent instaurer. Mgr Coffy disait "les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire." Il ne s'agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l'argent et toutes les réalités humaines ; il s'agit au contraire d'habiter ce monde pour le transformer de l'intérieur.

 

Pour faire croître le désir de Dieu, nous avons donc à prier ; à façonner le monde de l’intérieur. Mais vers où ?

 

Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse, qui sont les trois maîtres-mots de notre mission désormais : fidélité, unité, vérité.

 

Premièrement, la fidélité : "Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage... Quand j'étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné". Cette fidélité, pour Jésus, consistait à être parmi les hommes le reflet fidèle du Père ; désormais, en l'absence de Jésus, ce sont les croyants qui sont appelés à être les fidèles reflets du Père. Nous avons, comme le Père à être créateurs, à façonner ce monde. L’art est un excellent moyen pour façonner le monde avec force, discrétion et liberté.

 

Deuxième maître-mot, "unité" : "garde-les... pour qu'ils soient UN comme nous-mêmes" ; et nous avons tous en tête, bien sûr, la phrase qui suit tout juste le texte d'aujourd'hui : "Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé." (Jn 17, 21). Ce qui veut dire que l'unité n'est pas un but en soi ! Nous n'avons pas à la rechercher pour elle-même ; l'objectif, ce n'est pas l'unité d'abord, c'est que le monde croie. Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. Comment être témoins dans le monde de la Trinité d'amour si tous ceux qui invoquent la Trinité ne s'aiment pas entre eux ? En revanche, si l'objectif commun de tous les croyants était que le monde croie, cet objectif commun serait le meilleur chemin de notre unité. Rien de tel pour se découvrir frères que d'avoir un projet commun au service des autres.

 

Troisième maître-mot de la mission que nous confie Jésus, la "vérité". "Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité". Au début de l'histoire biblique, le mot "consacrer" signifiait "mettre à part", retirer du monde ; désormais, avec l'incarnation du Christ, le mot "consacrer" a changé de sens. Il signifie "participer à la sainteté de Dieu", « être saint avec » et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu'ils désertent le monde, mais pour qu'ils l'habitent à la manière de Dieu. Cette participation à la sainteté de Dieu est le fruit en nous de la Parole de vérité : nous ne croyons sûrement pas assez à l'efficacité de la Parole de Dieu, et, bien souvent, nous lui substituons nos propres paroles. Erreur : la parole de Dieu est vérité, la nôtre n'est qu'approximation, balbutiement, quand elle n'est pas défiguration du Tout-Autre que nos pauvres mots ne peuvent pas dire. Si nous voulons participer à la sainteté de Dieu, soyons branchés sur sa Parole.

 

Prier, travailler le monde afin d’être de fidèles reflets de Dieu être saint avec Dieu et par lui, vivre l’unité afin que le monde croie ! Et pour cela, la Parole de Dieu nous est donnée.

 

Que critère pouvons-nous avoir d’être dans la bonne direction ? La joie. Au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le maître), "Je leur ai fait don de ta parole et le monde les a pris en haine", au moment d'affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : "Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés". Si je pars, c’est pour qu’ils soient comblés de joie. C’est comme si quelqu’un qu’on aime nous disait. Je t’aime, c’est pourquoi je m’en vais. Mais Jésus ne nous laisse pas orphelins. Il nous enverra l’Esprit Saint qui nous aidera à construire le Royaume. Jésus ne nous dit pas : « Je le construis mieux que toi, ôte-toi de là que je m’y mette », non, Il nous donne cette joie d’être réellement responsables. Demandons la grâce de cette joie là, demandons à Dieu de faire croître notre désir de faire grandir le Royaume à sa suite afin que notre joie soit parfaite.