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Transfiguration

Il y a de grands absents dans l'épisode de la Transfiguration. Remarquez-le. Ce sont les anges ! Ils ont été les témoins de la tentation du Christ au désert – sans oublier que Satan est un ange déchu, Lucifer, porteur de lumière -, ils étaient là en nombre au moment de la naissance du Christ, ils seront encore là au moment de l’agonie, de la résurrection, bien sûr, de l’ascension, ils seront toujours là quand le Fils de l’Homme reviendra et ils seront chargés de mission au moment du jugement. Eux qui pourtant contemplent la face du Père, ils sont absents à un moment capital de l’existence de Jésus. Ils n’étaient déjà pas là lors du baptême de Jésus, quand le ciel s’est ouvert ; ils ne sont pas là quand Jésus est revêtu de la gloire qui est la sienne depuis toujours et quand, pendant un instant fulgurant, il voit son Père face à face.

 

A supposer que ce soit un détail, cette absence rend plus forte encore la signification de cette page de l’Evangile. C’est bien Dieu lui-même qui est là dans cet homme qui s’appelle Jésus. C’est bien la gloire de Dieu qui le remplit tout entier. Il n’y a pas d’intermédiaire. Moïse et Elie, qui parlent avec Jésus, ce sont des hommes qui l’ont précédé, qui font partie de la même humanité que lui, de la même histoire que lui. En quelque sorte, ils sont là pour dire que Jésus est fait du même bois qu’eux. Les anges ne pourraient pas dire cela. Et quand le moment de grande intensité sera passé, c’est Jésus seul que les trois disciples retrouvent.

 

Si la liturgie du Carême s’obstine, depuis très longtemps, à lire cette page, le deuxième dimanche, il doit bien y avoir une raison. Il faut dire aux catéchumènes, rappeler aux baptisés que nous sommes, cette grande vérité sur Dieu qui ouvre sa porte à toute l’humanité, qui fait entrer chacun et chacune dans le partage de sa gloire, autant dire le partage de sa vie, de son amour, de son cœur. Nous sommes invités à accompagner les futurs baptisés dans cette longue et lente transfiguration que doit être le Carême.

 

Il faut jeûner pendant le carême. Oui, certainement. Mais pas pour le plaisir de se priver, pas même simplement pour partager, mais pour nous laisser progressivement nourrir par cette autre nourriture que Jésus appelait « la volonté de son Père », pour laisser cette nourriture transfigurer notre appétit et le tourner vers la grande réalité de Dieu.

 

Il faut prier. Oui, certainement. Mais pas simplement pour rester immobile, pas même simplement pour retrouver les vertus du silence, mais pour nous laisser progressivement envahir par une autre Parole, chargée de silence effectivement, pour laisser cette Parole nous transfigurer en nous tournant tout entiers vers le Père.

 

Il faut faire l’aumône, partager. Oui, certainement. Mais pas simplement pour alléger un peu notre éventuelle fortune, pas même simplement pour accomplir la loi de la charité, mais pour nous laisser approcher et transfigurer par Dieu qui a faim, qui est malade, qui est prisonnier, qui a besoin d’un vêtement. Pour laisser ce Dieu-là être véritablement proche de nous, laisser Dieu se transfigurer dans le pauvre que nous sommes tous quelque part.

 

Il n’y avait pas d’anges au moment de la Transfiguration. Il n’y en a pas non plus quand l'eucharistie est célébrée. Il y a le pain et le vin. Pour nous parler du Christ et nous le partager, ils doivent eux aussi être transfigurés. Le pain, signe du partage, évidemment ; mais aussi le signe scandaleux des trois quarts de l’humanité qui ne mangent pas à leur faim. Le vin, signe de la joie, bien sûr, des noces, de la convivialité ; mais aussi, avec la bouteille, le signe de déchéances terribles avec leurs conséquences funestes. Jésus a choisi ces signes-là pour nous dire : c’est mon corps, c’est mon sang, prenez, mangez et buvez. Quelle ascèse il faut pour pouvoir le dire en toute vérité ! Quelle transfiguration cela suppose pour l’exprimer sans aucune équivoque ! Le carême est là pour nous inviter à cette ascèse, à cette transfiguration. Qui voudrait s’y refuser ?