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En mon nom ...

Nous retrouvons Jésus au désert, où il vient d'être poussé, chassé par l'Esprit. Il y a quelque temps à peine, il a été baptisé par Jean. Et il a entendu cette parole ineffable de son Père qui lui a dit : Tu es mon Fils bien-aimé; en Toi, j'ai mis tout mon amour.

 

Jésus aurait-il été tenté ? C'est incroyable ! Qui aurait pu imaginer que le Fils de Dieu fût tenté par Satan ? Jésus existe donc vraiment ? Ces questions, vous les entendez ou vous vous les posez. Si Jésus accepte d'être tenté au désert, c'est qu'il revendique pour nous, comme pour lui, le droit de choisir. La tentation est une dignité pour l'homme. C'est là que réside son pouvoir de choix. Son refus d'être manipulé. Jésus se reconnaît la liberté, le droit de choisir. Au désert, Jésus est, pour la première fois semble-t-il, confronté à sa passion. Et une passion ça veut dire beaucoup de choses. Cela peut signifier le désir profond, fort, puissant, ravageur parfois, qui est logé au coeur de notre âme. Et puis, il y a aussi dans le mot "passion" la souffrance, la mort.

 

Jésus est ainsi confronté dans une sorte de face à face avec sa propre mort. Tout le système de Satan cherche à entraîner Jésus hors de sa vie d'homme. Les Évangélistes Matthieu et Luc nous apprennent que Jésus a eu faim et qu'il a été tenté de changer des pierres en pain. Ils nous apprennent aussi que Jésus a été emmené au plus haut de la construction du temple et tenté de se jeter en bas, sûr d'être retenu par un ange. Ils nous rapportent également que la possession du monde entier lui a été offerte, s'il acceptait de se prosterner et de rendre hommage à Satan. "Satan" c'est un mot hébreux qui d'abord signifie adversaire; et puis, qui prend le sens d'accusateur de l'homme devant Dieu; et enfin, le tentateur, celui qui divise, qui oppose, qui séduit. C'est le génie de l'ambiguïté.

 

Oui, Satan cherche à entraîner Jésus hors de sa vie d'homme. Il voudrait le détourner de sa mort et donc le faire renoncer à vivre. Le diable, Satan, ne provoquera pas Jésus en lui disant "Si tu es un homme", mais bien "Si tu es le Fils de Dieu". Satan voudrait faire oublier à Jésus qu'il est un homme, et il lui suggère d'échapper à la faim qui rappelle à l'homme ses propres limites. Il lui propose de connaître un pouvoir qui n'est pas celui de l'homme. Il l'invite à échapper à la pesanteur humaine en utilisant le miracle. Si Jésus s'était jeté du haut du temple et s'il ne s'était pas tué en tombant, cela aurait été la preuve évidente que Jésus n'était pas un homme. Cela aurait été la démonstration éclatante que Dieu n'aurait que joué la comédie. La preuve que Dieu s'était seulement déguisé en homme.

 

Jésus refuse que les pierres deviennent du pain. Les pierres doivent rester des pierres. S'il faut que les pierres restent des pierres c'est parce que le monde doit rester le monde, pour que les hommes restent des hommes.

 

Si les pierres deviennent du pain, on verra l'homme devenir de la main-d'oeuvre. Tout est prêt alors pour de nouveaux esclaves. Satan est ainsi moins celui qui vole des âmes que celui qui vole l'humanité de l'homme. Satan est celui qui aliène l'homme, dissout et détruit l'humanité de l'homme. Jésus refuse de tricher avec sa vie d'homme. On ne triche pas au désert.

 

Mais que de tentations sont logées insidieusement dans le coeur de l'homme. Il en est une aujourd'hui particulièrement dangereuse, c'est la tentation de la guerre. Il y a deux semaines - mais tout va si vite - le Cardinal Etchegaray, envoyé du Pape Jean-Paul II en Irak, faisait la déclaration suivante. Je le cite :"En quittant cette terre, injustement coupée des autres, je voudrais être plus que le simple écho, l'amplificateur d'une aspiration d'un pays qui a un besoin pressant de paix. Parmi les gros nuages qui se sont amoncelés ces temps-ci, il se fait une petite éclaircie. Mais que nul ne baisse les bras. Le nouveau et bref répit qui est donné doit être utilisé par tous à plein temps et dans un esprit de confiance réciproque pour répondre aux exigences de la communauté internationale. Le moindre pas de ces prochains jours a valeur d'un grand saut vers la paix. Oui, la paix est encore possible en Irak et pour l'Irak. Je repars à Rome en le criant plus fort que jamais".

 

J'ajouterai ceci : outre le drame pour les habitants de ce pays, ce qui est très grave dans tout cela c'est peut-être bien que Dieu est annexé, récupéré au profit des causes nationalistes, économiques, partisanes ou même religieuses. Il y a quelques décades, nous avons entendu résonner dans nos pays le "Got mit uns", et maintenant on entend "God bless America" et quoi encore ?

 

Si Dieu marchait dans les manifestations contre la guerre, il devrait brandir lui aussi une pancarte "Pas en mon nom". L'attitude du Pape Jean-Paul II et de l'Église est nécessaire à plusieurs égards. Elle met l'Église catholique à l'abri des reproches d'ambiguïté et de conviction molle, entendus dans le passé. Elle conforte ceux qui attendaient d'une autorité spirituelle un engagement pacifique ferme. Mais surtout, elle évite que la guerre annoncée soit considérée par les Musulmans comme une croisade contre eux. Inscrire le conflit dans un affrontement entre Chrétienté et Islam serait périlleux et irresponsable.

 

Laissons plutôt résonner dans nos coeurs la parole de Dieu après le déluge, quand il s'adressa à Noé et à ses fils : "J'établis mon alliance avec vous : aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge. Il n'y aura plus de déluge pour ravager la terre". Dieu a été tenté lui aussi d'anéantir la terre et la création. Il n'y a pas cédé. Mais c'était de justesse.

 

Céderons-nous à cette tentation ou bien ferons-nous briller l'arc-en-ciel de la paix et de la justice en nous, autour de nous et sur toute la terre ?