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Transfiguration

Au désert, lors de la tentation, le mal s’est approché de Dieu. Il a cherché à pénétrer dans son cœur. Il a cherché à trouver le chemin qui lui en donnerait l’accès. Sur le Thabor, la montagne de la Transfiguration, la lumière et la gloire de Dieu se sont approchées de l’homme, elles ont pénétré dans son cœur et dans son corps, elles le remplissent tout entier. Voici mon Fils bien-aimé.

Le choc de la rencontre n’est pas plus grand d’un côté que de l’autre. D’une part, Dieu qui sent le mal pénétrer en lui ; d’autre part, l’homme qui sent la gloire de Dieu l’envahir tout entier. L’homme qui se rend compte que le péché cesse d’être son maître et Dieu qui constate que sa gloire n’est pas étrangère à l’homme, qu’elle fait beaucoup plus que s’accommoder de son voisinage.

 

Le cœur du Christ reste le lieu secret du Père, là où le carême nous invite à nous tenir. C’est là que se fait entendre la parole : c’est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. A qui s’adresse cette parole ? Uniquement aux trois disciples qui sont là ? Ou bien d’abord à Jésus, homme et Dieu de manière indissociable ? N’est-ce pas Jésus lui-même qui est le premier destinataire de cette reconnaissance par le Père ? N’est-ce pas lui qui est invité le premier à se reconnaître pleinement comme le Fils bien-aimé du Père ? N’est-ce pas lui qui doit être le premier à entendre Dieu dire lui-même qu’il est capable d’être en l’homme ? Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Tout mon amour, c’est-à-dire tout moi-même se trouve en lui. Dans l’homme, il n’y a plus rien d’étranger à la gloire du Père.

 

Les futurs baptisés, mais aussi les baptisés que nous sommes doivent se le rappeler : la transfiguration est un hommage que Dieu rend à sa propre création. Ce qui est en jeu dans le baptême, c’est notre condition de fils de Dieu étendue à tout ce que nous sommes, sans chasse gardée. Quelqu’un l’a dit, en termes assez vigoureux, qu’il est bon parfois de réentendre :

 

« Le catholicisme est par vocation une religion scandaleuse. Que notre corps aussi participe au mystère divin, à l’image de celui du Christ, voilà qui n’est pas du goût de tout le monde, et il y a décidément, dans ce culte qui fait de la présence charnelle l’un de ses dogmes, un sens concret, pesant, quasi sensuel de la matière et de la chair, qui répugne fort aux purs esprits : leur « évolution intellectuelle » ne leur permet plus de participer à d’aussi grossiers mystères (J.Rivette, « Lettre sur Rossellini », Cahiers du Cinéma, n° 46, avril 1955, cité dans Etudes, t. 395, septembre 2001, p. 250) ».

 

Celui qui se dirige vers la Passion et la mort sur la croix, c’est bien celui qui est rempli de la gloire et de la lumière de Dieu. Ce sont bien elles qui seront bientôt clouées au pilori. C’est bien ce corps lumineux qui va traverser la mort. Il était tout défiguré, dira le prophète Isaïe. Pas seulement physiquement. C’est défigurer la gloire de Dieu que de la clouer sur une croix. Pâques lui rendra tous ses traits, sans rien effacer de ce qu’il aura subi dans sa chair, dans son corps, dans son cœur, dans tout son être. Ce jour-là, le Père dira encore : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.