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Le temps du pharisien ou celui du publicain ?

L’Evangile (Matthieu 9, 15) nous le dit : le jeûne est le signe d’une absence. Un temps viendra où l’Epoux nous sera enlevé, et alors nous jeûnerons, les invités de la noce jeûneront . Le même Evangile (Luc 5, 27), en nous racontant la vocation de Matthieu, le publicain, nous le confirme, mais en s’exprimant tout autrement.

 

Matthieu est appelé par Jésus et il lui répond. Il se met à le suivre. Tout à la joie de cette présence, il offre non seulement un festin, mais un grand festin. Il a été touché par la grâce, il a senti en lui la présence du Seigneur qui l’envahissait, au point de l’arracher à son bureau où il gagnait pourtant beaucoup d’argent. Pour fêter cette présence, il offre un grand festin. Il exprime la joie de la communion, telle qu’on peut l’exprimer et la célébrer autour d’une table.

 

Les pharisiens et les scribes ne s’y trompent pas. Ils sont assez intelligents pour comprendre. Ce n’est pas le fait de manger et de boire qui est en cause, encore qu’on accusera Jésus d’être un glouton et un ivrogne (Luc 7, 34). Ce qui est en cause, c’est la communion qui s’exprime de cette façon-là. Manger avec les publicains et les pécheurs, c’est dire qu’on a quelque chose de commun avec eux, c’est parler avec eux, c’est dire que quelque part on les comprend. C’est là que se situe le vrai sens de la question des pharisiens : comment peut-on avoir quelque chose de commun avec les publicains et les pécheurs et, en plus, comment peut-on le montrer aussi ouvertement ? Cela nous vaut la réponse de Jésus. Elle nous conduit au cœur même de ce qu’il est venu faire au milieu de nous. Dire la communion de Dieu avec ce qu’il y a en nous de faible et de pécheur.

 

Si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres (Isaïe 58, 10). Malheureux : les publicains et les pécheurs étaient probablement les premiers à être malheureux de leur faiblesse, les premiers à en souffrir. Leur désir, c’était de vivre en conformité avec ce qui est inscrit au cœur de chacun et chacune de nous : respecter, dans tous les sens du terme ; se montrer solidaire, en toute circonstance ; partager ; aimer ; laisser se développer ce qui nous fait sentir qu’il y a quelque chose ou quelqu’un de plus grand que nous. Tout cela, c’était le désir des publicains, comme c’est notre désir. Mais ils étaient malheureux de ne pas pouvoir le mettre en œuvre, à cause de cette faiblesse qu’ils ne parvenaient pas à surmonter. Nous avons en nous tout ce qu’il faut pour les comprendre.

 

Jésus vient combler ce désir et il le dit tout haut. Je suis venu pour les malades, pour les faibles, pour les pécheurs. Et, bien sûr, dans la ligne du prophète Isaïe, il nous invite à faire de même. Si tu combles les désirs du malheureux, si tu lui fais comprendre que sa faiblesse n’appelle pas ton jugement, mais ta communion, alors, en plein désert, tu seras un jardin bien irrigué, une source où les eaux ne manquent jamais.

 

Pour ne prendre qu’un exemple : qui de nous ne souhaite pas que sa prière soit toujours comme un jardin bien irrigué, que tout y coule toujours de source ? Et qui d’entre nous n’a jamais fait l’expérience du désert au cœur même de la prière, quand il n’y a rien qui coule de source, quand tout paraît encore plus sec que le désert ? Si tu te reconnais dans les publicains et les pécheurs, le Seigneur sera toujours ton guide. En plein désert, il te comblera ; tu seras comme un jardin bien irrigué, tu seras une source où les eaux ne manquent jamais.

 

La longue période du carême vient de commencer. Il faut aimer cette période, exactement comme il faut faire ses délices du sabbat, comme il faut vénérer le jour du Seigneur (Isaïe 58, 13), comme on aime des instants dont on voudrait qu'ils durent tout le temps. Comme il faut aimer l'eucharistie, ce grand festin de la présence du Seigneur ressuscité, en communion avec nous...publicains et pécheurs !