Teksten om mee te nemen

La musique de Dieu

Celui qui compose de la musique a besoin d’intermédiaires pour faire passer son message. Il doit d’abord confier au papier ce qu’il veut faire entendre, ce qu’il entend lui-même, dans son oreille intérieure, quand il écrit. Il doit ensuite espérer trouver quelqu’un qui soit capable de lire ce qu’il a lui-même écrit, qui soit capable de rejoindre ce que le compositeur entendait quand il confiait ses notes au papier, aux signes qui servent d’intermédiaire, d’interface, dirait-on aujourd’hui. Il doit espérer trouver quelqu’un qui entende dans son oreille intérieure ce que lui-même entend, et qui soit ainsi capable de le faire entendre à d’autres. Ces intermédiaires peuvent amener des déformations. Ces intermédiaires peuvent aussi amener de véritables créations. On connaît des compositeurs qui ont comme découvert leur propre œuvre, lorsqu’ils l’ont entendue sous les doigts de quelqu’un d’autre, lorsque quelqu’un d’autre y a posé son regard, son oreille, et pour tout dire son cœur.

 

 

 

Il y a quelque chose du musicien chez Dieu. Pour nous parler de lui, Dieu a eu besoin de nombreux intermédiaires. Il a fallu qu’il leur confie ce que lui-même voyait et entendait quand il a créé le monde, quand il a créé homme et femme à son image. C’était un risque. Dieu aurait besoin de quelqu’un qui serait capable de lire et d’entendre dans la création ce que lui-même voyait et entendait « au commencement ». C’était un risque. Dieu s’exposait à toutes les déformations auxquelles le compositeur est exposé. Mais c’était aussi s’ouvrir à la possibilité d’une véritable recréation, le jour où quelqu’un d’autre y poserait à son tour son regard, son oreille, et pour tout dire son cœur. Mirabilius reformasti pour rappeler la formule latine. Recréé de façon plus merveilleuse encore. Nous le disons de l’incarnation, de ce moment où le Fils de Dieu est venu et a vu ce que son Père voyait, a entendu ce que son Père entendait, a redit ce que son Père disait dès le commencement. Dans le regard que le Christ pose sur la création, il y a quelque chose du regard que l’interprète pose sur une partition, quand il sait qu’il doit rejoindre ce qu’a voulu le compositeur en posant la note à tel endroit. Il y a quelque chose de la recréation qui s’opère chaque fois qu’une œuvre est exécutée, de façon plus merveilleuse encore que ne pouvait le deviner le créateur lui-même. Dans l’interprétation que donne son Fils de la création sortie de ses mains, le Père découvre en quelque sorte son œuvre. Elle est de lui, elle reste de lui, et pourtant son Fils, le « divin interprète » y apporte quelque chose de nouveau.

 

 

 

En cette fête de sainte Cécile, patronne des musiciens, nous pouvons, bien sûr, remercier tous ceux de nos frères qui nous permettent de communier davantage à ce que nous voyons écrit sur nos partitions. Pourquoi ne pas nous laisser conduire un peu plus loin et entrer ainsi un peu plus dans le secret de Dieu, communier un peu plus à sa démarche, découvrir un peu plus ce qui s’est passé dans son cœur quand il a cherché à se dire à nous et qu’il a choisi de le faire en inscrivant ses notes sur la grande partition qu’est l’univers. Et sans oublier qu’il y a tout de même une grande différence avec notre musique : de cette partition, tout le monde est capable de jouer. Tous, nous sommes capables de rejoindre ce que le Père a voulu, a vu, a entendu. Tous. C’est ce que le Fils est venu nous dire, de façon plus merveilleuse encore.