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Tu es un païen et un publicain !

une homélie pour le 23e dimanche A

“ Considère-le (ce pécheur) comme un païen et un publicain ”. En relisant cet évangile pour vous en parler, frères e sœurs, la phrase m’a surpris, même choqué — car moi aussi je suis un pécheur. Il faut d’abord que je me l’explique pour que je vous l’explique.

Il faut pour cela, comme souvent, relire l’ensemble dont la lecture d’aujourd’hui n’est qu’une pièce, et dont cette phrase n’est qu’une partie. Il y avait trois choses dans l’évangile de ce matin. La première concerne le frère qui a péché et qui est exhorté à écouter la remontrance ; c’est un écho à la parole d’Ézéchiel. La deuxième porte sur la prière à deux, donc en commun. La troisième va au fond des choses : “ Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ”.

Ces trois paroles nous touchent : nous sommes des frères (très spécifiquement par notre baptême), nous sommes réunis pour prier, et le Christ prie avec nous, au milieu de nous, en nous. Ces paroles nous touchent aussi parce qu’elles concernent l’Église. Le mot Église, “ communauté ”, est employé ici, et tout le discours dont l’évangile est tiré, le chapitre 18 de S. Matthieu, porte sur la communauté des chrétiens, de frères comme ils s’appellent. Et la tonalité est particulière à Matthieu. Rappelez-vous, il y a quinze jours, à propos de Pierre : “ Tout ce que tu auras lié (ou délié) dans les cieux ”. Nous retrouvons la même phrase : “ Tout ce que vous aurez lié (ou délié) … ” à propos de la communauté de l’Église fondée sur la foi de Pierre dans le Christ.

Qu’est-ce donc que l’Église ? Une communauté de parfaits qui tient le reste du monde pour perdu, pour exclu ? — Non. Ou une communauté satisfaite d’elle-même dans son égoïsme et dans son nombrilisme ? — Non plus. Mais bien une communauté d’hommes et de femmes qui croient avec Pierre en Jésus fils de Dieu, qui croient aussi que les portes de la mort sont définitivement brisées et ouvrent sur le ciel, sur le Royaume de Dieu, autrement dit : une communauté qui se dirige laborieusement vers le bien, parce que le bien n’est pas un leurre et qu’il est accessible à tous. C’est une Église en chemin, et chacun de ses membres est en chemin. Celui qui ne marche pas encore ou celui qui s’arrête, l’un et l’autre se mettent en dehors, non sans que les frères s’inquiètent.

“ Si ton frère vient à commettre un péché … ”. On pourrait tenir (et sans doute a-t-on tenu) ce qui suit comme la procédure d’excommunication, de mise hors de l’Église. Mais il faut inverser le raisonnement. Cette façon de faire (entrevue particulière, puis avec un témoin, puis devant la communauté) vise à gagner un frère. S’il se met totalement hors course, il sera comme un païen et un publicain. Autrement dit, on repart à zéro. Je m’explique.

“ Considère-le (en désespoir de cause) comme un païen et un publicain ”. Qu’est-ce à dire ?

Un païen. C’est ainsi qu’on traduit le plus souvent le mot grec qui signifie “ quelqu’un des nations ”, donc un non-juif, présumé adorateur des faux dieux et déesse, grecs, latins, ou autres. Mais comment se termine l’évangile selon saint Matthieu ? Vous avez cette phrase dans la mémoire : “ De toutes les nations, faites des disciples (…), et je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. C’est précisément vers les nations, les païens que l’Évangile doit se propager.

Mais il y a encore le publicain. “ Considère-le comme … un publicain ”. Voilà qui peut passer pour une injure : collaborateur de l’occupant, collecteur des impôts romains. Oui, sans aucun doute. Mais qui nous rapporte ces mots de Jésus, et il est seul à le faire ? — Matthieu, c’est-à-dire ce Lévi, ce publicain que Jésus a appelé à son bureau du fisc et qui aussitôt après invite Jésus à dîner chez lui. Ici encore Matthieu-Lévi est le seul à rapporter l’épisode de sa conversion, et pour cause. Et Jésus est venu manger chez Lévi et ses amis, sans se soucier des critiques : “ il mange avec les pécheurs ”.

Alors si vraiment tel frère pécheur doit être pour nous comme un païen et un publicain, qu’il le soit. Qu’il le soit, mais comme il le fut pour Jésus qui a fréquenté les publicains pour leur dire leurs vérités et la sienne, qu’il le soit comme il l’est pour Jésus qui veut que son Évangile soit annoncé aux nations, aux païens. Comment dire assez fortement, assez courageusement même, l’universelle bienveillance de Celui qui a créé l’homme et la femme, de Celui qui a voulu que son Fils naisse d’une femme, homme parmi nous ? Et corrélativement, comment dire assez simplement, assez humblement que nous sommes des frères et des sœurs, des pécheurs, en chemin ?