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Choisir en chrétien

Homélie du troisième dimanche dans l'année A

27 janvier 2008

Is 8, 23b – 9, 3 ; 1Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23

 

Dimanche passé, nous avions déjà tourné la page des récits de l’Enfance de Jésus. Aujourd’hui, nous assistons au lancement de sa vie publique. Nous connaissons Jésus. Ses choix, ses initiatives, vont-ils nous engager à en poser d’analogues, à notre tour ?

Comment vais-je m’y prendre ? Je décrirai d’abord ce que Jésus a rencontré, ce qu’il a été amené à faire. Je poserai ensuite une question sur ce que nous pourrions faire, quant à nous.

Un premier tableau : Jésus apprend qu’on a arrêté Jean-Baptiste. Jésus est en Judée. Au temps d’Hérode, l’autorité fantasque et arbitraire que l’on sait. Hérodiade, sa belle-sœur ou sa seconde femme, on ne sait trop, veut faire taire Jean-Baptiste. Elle y parvient. On le décapite. Jésus, du coup, se retire à Nazareth, en Galilée qui a son terroir particulier, loin de cette région de Judée austère, rigide, grave, ingrate, avec ses pharisiens et sadducéens intraitables. La Galilée est une région combien plus plaisante, avec des gens plus nature, ardents, oui, directs, francs, vaillants. Jésus les aura préférés. On le comprend.

Une première question : Quelle disposition prendrions-nous s’il nous arrivait d’être affrontés à des menaces, soumis à la peur, ou si, d’une manière moins tragique mais dramatique tout de même, nous percevions que la vérité, la justice, le droit sont effrontément bafoués autour de nous, les valeurs de conscience-là carrément outragées, irions-nous nous installer ailleurs ? Ou bien envisagerions-nous la résistance ? Que font les chrétiens sous un tyran, un dictateur, sous la corruption larvée ou non ?

Un deuxième tableau : Il ne suffit pas à Jésus d’aller en Galilée. De Nazareth, il émigre même, à Capharnaüm, au Nord-Est, au lac. C’est un coin peuplé d’étrangers, de païens pour les Juifs. C’est cosmopolite. Les gens, en riverains, sont plus conciliants, aux idées souvent novatrices. Jésus a dû s’y trouver davantage à l’aise, en prise avec les habitants. Il aimait cela. Il invite même un tel, des pêcheurs au lac, un collecteur d’impôts en ville, pourquoi pas ? Pour faire quoi ? Pour annoncer aux bonnes volontés un nouvel art de penser, de vivre, non plus pour les choses, la possession, les avoirs, la fierté, mais pour orienter, personnaliser leurs engagements dans un souci d’amour. La réponse fut immédiate pour une douzaine. Illico ! Ils ont adhéré d’emblée.

La deuxième question : Qui d’entre nous, comme plusieurs déjà s’en font une joie, rejoindrait une association de bénévolat – on pense à l’Action Damien, comme Eddy Merckx, par exemple … qui lui donne dans sa vie professionnelle, son milieu de vie, pendant ses temps libres, un surcroît d’idéal et d’horizon social en collaborant dans l’unité de fait, avec d’autres croyants de convictions différentes ? Les vraies religions, oui, rassemblent. Ou encore, qui ferait une démarche d’accueil auprès de nouveaux venus dans le quartier, qui inviterait ses voisins de palier à un petit goûter, une chope, collaborerait à une fête du bloc des appartements, qui proposerait quelque service à l’aumônerie de la Prison de Namur ou à celle de Dinant ?

Troisième tableau : Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus trace une voie pour tous, que n’importe qui peut faire sienne, d’où qu’il soit, d’où qu’il vienne. « Changez de conduite, disait-il, le Royaume des cieux est proche ! » Que voulait-il dire ? La réponse mérite de nous être servie sous la forme d’une triple question :

1. Qui d’entre nous, en effet, croit avec Jésus que le Royaume des cieux est plus proche de nous en 2008 qu’au temps des Croisades, de Jeanne d’Arc, ou de M. L. King ? Et comment ?

2. Qui d’entre nous, pratiquant ou non, recommençant ou laïque enfin satisfait, imaginerait changer quelque chose dans ses objectifs, sa conduite en sorte qu’il contribue à plus d’intériorité, de justice et de solidarité universelles : que sais-je ? Dans une société audio-visuelle, reprendre de la lecture, l’écriture ? Les sciences religieuses, une info sur l’Islam, le Bouddhisme ? Choisir le diaconat ? Dans son travail, s’entretenir dans l’amour de la conscience professionnelle ? Dans sa vie économique, encourager le commerce équitable, l’écologie ? Préférer des revenus certes moindres mais davantage réguliers ?

3. Qui d’entre nous, dans le cheminement ordinaire de sa vocation, alors qu’il est quelquefois menacé par la lassitude, voire le dégoût, et tant d’agressions de toutes sortes, le bruit, la laideur, la misère croissante, qui, dites-moi, estime sa vie justifiée, réussie en raison de l’amour revendiqué, enchantée en outre par une promesse, une aurore, une grande lumière intérieure, ou du moins par une passion spirituelle patiente et paisible toute imprégnée d’espérance ? Qui ? Qui ? « Viens ! Suis-moi ! »