Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 72) Le chef-d'oeuvre de la règle

1Il est un mauvais zèle, un zèle amer, qui sépare de Dieu et mène à l'enfer. 2De même, il est un bon zèle qui sépare des vices, et mène à Dieu et à la vie éternelle. 3C'est ce zèle que les moines pratiqueront avec un très ardent amour: 4ils s'honoreront mutuellement avec prévenance; (Rm 12,1) 5ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d'autrui, tant physiques que morales; 6ils s'obéiront à l'envi; 7nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui; 8ils s'accorderont une chaste charité fraternelle; 9ils craindront Dieu avec amour; 10ils aimeront leur abbé avec une charité sincère et humble; 11ils ne préféreront absolument rien au Christ; 12qu'Il nous amène tous ensemble à la vie éternelle!

Au moment où saint Benoît s’apprête à écrire le dernier chapitre de sa règle, pour dire que tout ne s’y trouve pas, il livre comme un testament spirituel. Tout ce qu’il vient de passer en revue, tout ce qu’il désire organiser pour la « puissante catégorie des cénobites » (RB 1, 13), il le synthétise en quelques phrases.

Les moines pratiqueront ce bon zèle avec un ardent amour. Tout est dit : d’où on part, où on va, par où on passe. S’obéir les uns aux autres, supporter la faiblesse des autres comme la sienne propre, vivre les uns avec les autres dans le plus grand respect, toujours juger du point de vue d’autrui, toujours céder la première place à Dieu et au Christ. Seul l’amour peut envisager cela, expliquer cela, réaliser tout cela.

Que saint Benoît accorde une telle confiance aux possibilités du moine en dit long sur la connaissance qu’il a du cœur humain. Voilà le moine invité à aimer, invité à se laisser envahir et porter par ce qu’il y a de plus intime et de plus fort en lui-même tout autant que dans le cœur de Dieu. Dieu est amour (1 Jo 4, 16). A la suite du Christ, le moine doit le révéler, en le devenant lui-même.