Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 69) Pas de lien privilégié au monastère

1Il faut veiller à ce que personne, en aucune circonstance, dans le monastère, ne se permette de défendre un autre moine, ou de lui servir comme de protecteur, 2et cela, quel que soit le degré de parenté qui les unisse. 3Les moines ne se le permettront d'aucune manière, car il peut en résulter de très graves occasions de conflits. 4Si quelqu'un transgresse cette défense, on le punira très sévèrement.

De façon très voilée, saint Benoît laisse entrevoir ici un des ressorts profonds de la vie en communauté. En disant ce qui ne peut pas être, il oblige à poursuivre la réflexion et conduit ainsi à la racine la plus authentique.

Nul ne se permettra d’en défendre un autre. La défense des intérêts, des avantages, des privilèges, relève de la conviction d’appartenir à un groupe. Le moteur n’est pas ici l’amour de la personne en tant que telle, mais en tant qu’elle fait partie d’un groupe (parenté, famille,…). En refusant une telle attitude, saint Benoît laisse entendre, discrètement, mais à qui veut bien l’entendre, que sa communauté n’est pas fondée sur un tel lien d’appartenance.

Si un frère doit être aimé, c’est pour lui-même, pour sa véritable identité, non pour son seul statut de membre du groupe. S’il arrivait qu’un frère doive être défendu, ce ne pourrait être que pour sauvegarder sa personne. Une telle défense suppose tout, sauf la violence, sauf le souci des seuls intérêts d’un groupe, quel qu’il soit. S’il arrivait qu’un frère doive être défendu, ce ne pourrait être que par amour.