Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 68) Une chose impossible ?

1Si l'on enjoint à un frère des choses difficiles ou impossibles, il recevra en toute mansuétude et obéissance le commandement qui lui est fait. 2Cependant, s'il estime que le poids du fardeau dépasse entièrement la mesure de ses forces, il représentera au supérieur les raisons de son impuissance, avec patience et à propos, 3sans témoigner ni orgueil, ni résistance, ni contradiction. 4Que si après cette représentation le supérieur maintenait son ordre, l'inférieur se persuadera que la chose lui est avantageuse, 5et il obéira par amour, en mettant sa confiance dans l'aide de Dieu.

La chose est impossible. Mais qui oserait décréter l'impossibilité ? Il ne ferait que dire ce qui lui est impossible - à lui ! Et c'est un peu ce que saint Benoît laisse entendre. C'est le moine qui trouve que la chose lui est impossible. Cependant, il est invité à faire connaître au supérieur les raisons de sa propre impuissance. Des raisons que le moine connaît le mieux, que peut-être il pense être le seul à connaître. Et ce caractère personnel autorise saint Benoît à conseiller la patience, l'à propos, l'absence de récrimination. On se trompe si vite sur soi-même.

Il se peut, en effet, que le champ de vision du moine sur lui-même soit comme rétréci. Il se peut que l'endroit d'où il parle (lui-même) l'empêche d'aller au-delà de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, de ce qu'il ressent. Il y faut le regard de quelqu'un d'autre, qui peut-être verra autrement, entendra autrement, jugera autrement.

Qu'il obéisse par amour, demande saint Benoît. Seul l'amour peut ainsi intégrer le regard qu'un autre porte sur moi-même. Seul l'amour peut me faire sortir de ce lieu où je décrète l'impossible. Seul l'amour peut dilater mon coeur et me faire courir sur les chemins de l'impossible ne portant plus son nom. Seul l'amour peut sortir vainqueur de ce combat.