Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 64, 17-19) Etablir un climat tempéré

17Dans ses commandements, il sera prévoyant et circonspect. Dans les tâches qu'il distribuera, soit qu'il s'agisse des choses de Dieu, soit de celles du monde, il se conduira avec discernement et modération, 18et se rappellera la discrétion du saint patriarche Jacob, qui disait: "Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour." (Gn 33,13)

19Imitant donc cet exemple et d'autres semblables de la discrétion, cette mère des vertus, qu'il tempère tellement toutes choses que les forts désirent faire davantage et que les faibles ne se dérobent pas.

Le climat d’un lieu dépend de nombreux facteurs, plus ou moins variables. La température, naturellement, mais aussi l’altitude, le relief, l’humidité, la flore et la faune. Que, par exemple, la température se modifie sensiblement, c’est tout le climat et ses variables qui s’en ressentent, dans un sens ou dans l’autre.

Dans sa communauté, l’abbé est le responsable de cette sorte d’équilibre que nous appelons le climat tempéré, pour évoquer celui des pays où tout se rencontre : le tiède et le frais, le sec et l’humide, le calme et le venteux, la flore et la faune en grand nombre. Equilibre délicat et fécond, qui suppose un soleil qui ne soit ni trop envahissant, sous peine d’engendrer le désert, ni trop absent, sous peine d’amener la banquise.

Tempérer pour que puissent exister en un même lieu les forts, libres d’en vouloir davantage, et les faibles, invités à aller au-delà d’eux-mêmes. Ainsi l’abbé est appelé à être ce soleil, généreux sans tout assécher, retenu sans tout frigorifier. Tempéré, comme la gamme dont le tempérament ouvre la porte à chaque tonalité et autorise le passage de l’une à l’autre. Ainsi encore l’abbé, invité à faire en sorte que chaque tonalité puisse se faire entendre dans la communauté et s’harmoniser avec les autres. Exercice difficile que de s’accommoder ainsi aux caractères d’un grand nombre (2, 31).