Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 64, 7-10) Instruit et miséricordieux

7L'abbé, une fois établi, pensera sans cesse à la nature du fardeau qu'il a reçu, et à Celui à qui il devra rendre compte de son administration. 8Qu'il sache qu'il lui faut aider bien plus que régir. 9Il doit donc être docte dans la loi divine, afin de savoir et d'avoir où puiser les leçons anciennes et nouvelles. Qu'il soit chaste, sobre, miséricordieux; 10que toujours il préfère la miséricorde à la justice, afin d'obtenir pour lui-même un traitement semblable.

Instruit. Non pas savant, érudit, mais docte dans la loi divine, imprégné de la richesse contenue dans l’Ecriture, connaisseur de la tradition qui l’a portée et qui la porte encore aujourd’hui.

Miséricordieux. Ouvert, si on peut le dire ainsi, au problème du mal, sachant que la faiblesse existe, tout comme le péché, l’injustice, le désordre, la fragilité, la souffrance. Donc préparé à rencontrer tous ces écarts, se souvenant qu’il les rencontrera d’abord en lui-même, « il aura toujours devant les yeux sa propre faiblesse » (64, 13).

« Reçois volontiers l’enseignement d’un si bon père » (Prol. 1). Il s’agit bien d’engendrer quelqu’un à la vie monastique, et le moine à engendrer l’est par la rencontre de la science et de la pitié, de l’instruction et de la miséricorde. En effet, sans l’instruction, précise, sans la doctrine, claire, la miséricorde serait vite irrationnelle, floue ; mais sans la miséricorde, chaleureuse, sans la pitié, compréhensive, la doctrine serait vite rigide, déraisonnable. Il s’agit bien de la même source, unique et authentique, dont la fécondité a deux formes, deux visages. L’excellence de la doctrine est alors atteinte dans la connaissance de la faiblesse et de la fragilité.

Docte dans la loi divine, cela veut dire aussi à la recherche des sources, des racines, des fondations. La miséricorde fait ainsi toucher le point où la puissance touche à la faiblesse, où Dieu lui-même touche à l’incarnation, où l’abbé « tient la place du Christ dans le monastère » (2, 2). L’âme du moine attend là celui qui devra « en rendre compte « 2, 37).