Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 61, 1-4) Ecouter l'étranger qui parle

1Si un moine étranger vient d'une région lointaine et veut demeurer, comme hôte, dans le monastère, on le recevra autant de temps qu'il le désire, 2pourvu qu'il se contente de la vie qu'on y mène, et ne trouble pas la communauté par ses vaines exigences, 3mais simplement s'accommode de ce qu'il trouve.

4Si ce moine venait à reprendre ou à remontrer quelque chose, et qu'il le fît avec raison et avec l'humilité de la charité, l'abbé examinera l'avertissement avec prudence; car c'est peut-être pour cela même que le Seigneur l'a conduit ici.

Dans la langue française, le mot hôte a les deux sens : celui qui reçoit, celui qui est reçu, celui qui donne, celui à qui il est donné. Au masculin en tout cas, puisque l’hôtesse est toujours la femme qui reçoit, qui accueille. La même signification symétrique se retrouve dans le verbe recevoir. Si je reçois de l’argent ou de l’or, je ne donne pas. Si je reçois chez moi un invité, je donne.

Sans recourir à cette analyse linguistique, saint Benoît demande d’être attentif à ce double aspect de l’hospitalité. Celui qui est reçu comme hôte, donc qui reçoit l’hospitalité, peut aussi être celui qui donne, qui a quelque chose à donner. L’hôte reçu au nom du Christ peut aussi être le Christ qui a une parole à dire. Il faut donc l’écouter avec prudence et discernement.

Il y a ici plus que de la délicatesse. C’est une authentique conviction que Dieu peut parler à travers toute personne, toute circonstance, tout « imprévu », voire tout « inconnu ». C’est une forme de cette vigilance continuelle tellement demandée aux moines.