Commentaires de la Règle de saint Benoît

(BR 61, 1-3) Moine pèlerin ?

1Si un moine étranger vient d'une région lointaine et veut demeurer, comme hôte, dans le monastère, on le recevra autant de temps qu'il le désire, 2pourvu qu'il se contente de la vie qu'on y mène, et ne trouble pas la communauté par ses vaines exigences, 3mais simplement s'accommode de ce qu'il trouve.

Quand il parle des hôtes à accueillir (53, 2 ; 56, 1), saint Benoît distingue toujours, parmi eux, les pèlerins (peregrini). Il reprend le terme lorsqu’il parle des moines demandant à séjourner au monastère (61,1). Pourquoi cette attention particulière accordée à celui qui pratique la « pérégrination », à ne pas confondre avec les gyrovagues à qui saint Benoît a réservé des jugements sévères (1, 10-12) ?

Même en français, la syllabe egri conduit facilement à agri et à agriculture. Le pèlerin pérégrine d’un champ à l’autre, d’une terre à l’autre. Il ambitionne de dire ainsi que la Terre sainte n’est pas ou n’est plus celle où je suis né, où mes ancêtres ont été inhumés. Elle est ailleurs et le pèlerin en témoigne. Il marche vers cet ailleurs, il s’ouvre ainsi à l’autre Terre, à l’Autre, tout simplement.

S’il mérite une place particulière dans l’accueil à réserver, c’est en raison du message qu’il laisse ainsi. Au moine qui a promis la stabilité, il rappelle que « nous n’avons pas ici-bas de cité permanente » (He 13, 14), il fait voir un « ailleurs » radical sur lequel le moine doit fixer son regard, alors même qu’il a choisi de se fixer au cœur d’une communauté. Heureux rappel du véritable « ici » : la Jérusalem céleste. Comment ne pas l’accueillir ?