Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 55, 18-20) Tout recevoir et rester pauvre

18Et pour couper jusqu'à la racine ce vice de la propriété, l'abbé donnera tout ce qui est nécessaire, 19à savoir coule, tunique, souliers, bas, ceinture, couteau, stylet, aiguille, mouchoir, tablettes. De cette façon, on ôte toute excuse tirée de la nécessité. 20L'abbé cependant doit toujours tenir compte de cette parole des Actes des Apôtres: "On donnait à chacun selon ses besoins." (Ac 4,35)

Saint Benoît s'est beaucoup préoccupé de l'avoir des moines. Pour dire qu'aucun ne doit avoir quoi que ce soit en propriété, pour affirmer que personne ne doit manquer de quoi que ce soit, pour rappeler enfin que les besoins de l'un ne sont pas les besoins de l'autre.

Il laisse ainsi entendre que la pauvreté ne se définit ni ne se mesure pas seulement au manque, mais qu'il y a aussi une pauvreté dans l'excès, l'esclusivité, le sectarisme. Si je suis propriétaire, j'exclus le droit de l'autre, je m'appauvris de l'usage qu'il peut faire du bien que j'utilise. En réalité, je me fragilise, je manque de ce supplément que l'autre représente et m'apporte.

Rien de plus fragile qu'un système tout fait, unitaire. Rien de plus fragile qu'un moine propriétaire. Saint Benoît le sait bien qui fait au moine presque une obligation de ne manquer de rien. Pour enlever toute excuse, dit-il, pour casser toute velléité de sectarisme, pour persuader le moine qu'il vit d'autant mieux qu'il se fait nombreux, ouvert aux vues que l'autre a sur le même bien, riche de ce qu'il accepte de perdre, comblé de ce qu'il aime partager. Pauvre.