Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 54) Apprendre à recevoir

1Il n'est pas licite à un moine, sans autorisation de l'abbé, de recevoir, ni de ses parents ni de qui que ce soit, ni même entre eux, des lettres, des cadeaux, ou de petits présents quelconques, et pas davantage d'en donner.

2Si les parents lui envoient quelque chose, il n'aura pas la hardiesse de le recevoir avant d'en avertir l'abbé. 3Celui-ci, s'il permet d'accepter l'objet, pourra le donner à qui lui plaira. (Ep 4,27 ; 1 Tm 5,14) 4Le frère à qui on l'avait envoyé, ne s'en attristera pas, de peur de donner au diable une chance. 5Celui qui enfreindra cette règle sera puni des peines régulières.

Nous savons peu recevoir sans accaparer. Nous savons peu ouvrir les mains sans les refermer immédiatement. Ecouter, comme saint Benoît y invite au début de sa règle, c’est se mettre dans l’attitude de recevoir. Mais je ne suis pas seul à percevoir le son qui me parvient à l’oreille, sauf à le détourner à mon seul profit, au prix de multiples accaparements technologiques et autres.

Saint Benoît n’exclut pas la possibilité de recevoir, mais il développe une pédagogie de l’attitude et du geste. Pas plus que la parole entendue n’appartient qu’à moi seul, le cadeau reçu ne fait de moi un propriétaire. Plutôt que me fermer sur l’objet reçu, le cadeau doit m’ouvrir à la disponibilité. Ce qui est la meilleure manière de pouvoir le garder pour moi.

Ne pas donner une chance au diable, supplie saint Benoît. Une manière de dire : donner toutes ses chances à Dieu.