Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 52, 1-4) Qu'il entre et qu'il prie (2)

1L'oratoire sera ce que signifie son nom. On n'y fera et on n'y déposera rien d'étranger à sa destination. 2Après l'Œuvre de Dieu, tous les frères sortiront dans un profond silence, et ils auront pour Dieu la révérence qui lui est due; 3de la sorte, si peut-être un frère veut y prier en particulier, il n'en sera pas empêché par l'importunité d'autrui. 4D'ailleurs, si, à d'autres moments, un moine veut faire discrètement oraison, qu'il entre simplement et qu'il prie: non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur. 5A qui ne se conduirait pas ainsi, on ne permettra donc pas de demeurer à l'oratoire après l'Œuvre de Dieu, de peur, comme il a été dit, qu'il ne gêne autrui.

La recommandation de saint Benoît a la saveur de la simplicité. Elle est énoncée le plus naturellement du monde, comme quelque chose qui va de soi : qu'il entre et qu'il prie. Ainsi la vraie prière doit comme couler de source, quasi sans aucun effort. Comme coule de source tout ce dont l'amour est la source.

Qu'il entre et qu'il prie.

Qu'il se rappelle le Christ, seul au désert, affronté au Tentateur. Qu'il se rappelle le Christ, fuyant la clameur de la foule qu'il vient de nourrir, se retirant, seul, pour prier. Qu'il se rappelle le Christ, chassant les pleureuses et leurs cris inutiles, restant seul pour redonner la vie. Qu'il se rappelle le Christ, s'écartant des disciples incapables de veiller, pour s'accorder lui-même radicalement à la volonté de son père. Qu'il se rappelle le silence du tombeau vide et le Christ ressuscité, plus silencieux encore, au point de n'être parfois pas reconnu.

Qu'il prie, dans cet oratoire devenu pour lui chacun de ces lieux où le Christ a fait silence. Qu'il rejoigne lui-même ce silence qui s'est établi dans le Christ, puisqu'il lui faut désormais ne rien signifier d'autre, ne rien faire qui soit en mesure de donner un autre nom à ce lieu de Dieu, à ce lieu où on découvre ce que c'est que prier.

Qu'il entre. Peut-être ne se découvrira-t-il pas la force de prier ainsi. Qu'il se rappelle le Christ, silencieux toujours, lavant les pieds de ses disciples, passant de l'un à l'autre, sans rien dire, avant d'en dévoiler le sens profond.

Qu'il sorte alors, sans rien dire, soucieux d'aimer ainsi son prochain, soucieux de lui procurer le silence qu'il est venu chercher. "Ce que vous avez fait au moindre des miens, c'est à moi que vous l'avez fait."