Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 52, 1-4) Qu'il entre et qu'il prie (1)

1L'oratoire sera ce que signifie son nom. On n'y fera et on n'y déposera rien d'étranger à sa destination. 2Après l'Œuvre de Dieu, tous les frères sortiront dans un profond silence, et ils auront pour Dieu la révérence qui lui est due; 3de la sorte, si peut-être un frère veut y prier en particulier, il n'en sera pas empêché par l'importunité d'autrui. 4D'ailleurs, si, à d'autres moments, un moine veut faire discrètement oraison, qu'il entre simplement et qu'il prie: non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et ferveur du cœur.

Entrer. Passer la porte. Pénétrer dans l'oratoire. Laisser au seuil tout ce qui n'est pas ce que dit son nom, tout ce qui est étranger au lieu de la prière. Devant le buisson ardent, Moïse avait dû se déchausser, inaugurant en quelque sorte la démarche d'entrer dans la prière.

Qu'il entre. Un commandemant ? un ordre ? une invitation ? une suggestion ? Peut-être plutôt le conseil fraternel d'un homme de longue expérience, qui sait qu'il faut commencer par le commencement. La prière suppose l'intériorité, qui suppose elle-même qu'on soit entré.

Entrer. non pas en oubliant tout, mais en laissant là tout ce qui ne sera pas en mesure de signifier le nom de la prière, tout ce qui la maintiendrait à distance, tout ce qui ne lui permettrait pas d'approcher le coeur du moine, de le remplir de la prière qu'il vient chercher.

Entrer en laissant là les éclats de voix, l'absence de ferveur, c'est-à-àdire l'absence du véritable désir de prier. Commencer par le commencement, dit saint Benoît : le commencement de la prière, c'est conjointement le silence et le désir de prier.

Qu'il entre, qu'il se baigne de silence, qu'il se laisse envahir du désir de prier.