Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 48, 7-8) Pauvreté et nécessité exigent

7Si les frères se trouvent obligés, par la nécessité ou la pauvreté, à travailler eux-mêmes aux récoltes, ils ne s'en affligeront point; 8c'est alors qu'ils seront vraiment moines, lorsqu'ils vivront du travail de leurs mains, à l'exemple de nos pères et des Apôtres.

Saint Benoît a utilisé trois fois le verbe exiger. Pour rappeler à l’abbé (2, 30) qu’on exige plus de celui à qui on a confié plus. Pour demander qu’on ne néglige pas pauvres et pèlerins, car la crainte des puissants exige quasiment qu’on cherche à leur plaire (53, 15). Pour éviter aux moines de s’attrister, au cas où nécessité et pauvreté viendraient à rappeler leurs exigences (48, 7).

Le français exiger n’a pas gardé un des sens de l’équivalent latin : faire sortir, pousser (dans le dos). Ce sera bon de se laisser inspirer par cette image constructive.

L’abbé doit le savoir : tout ce qu’il a reçu en confiance est comme ce qui le pousse à aller de l’avant. Il faut que l’amour des pauvres et des pèlerins soit au moins aussi fort que celui qui pousse à aller vers les riches. Il faut se réjouir d’être comme poussé au devant du travail : bienheureuses nécessité et pauvreté, elles sont comme l’épée dans les reins, balayant toute hésitation, consolant de toute éventuelle tristesse.

Faire sortir, pousser, franchir, traverser, parfaire. Autant d’évocations de cette sortie de soi-même qui ne trouve son véritable nom que dans l’amour. L’amour qui confie et se voit confier. Qui est riche, assurément, mais ne s’affiche jamais comme une quelconque puissance. Qui est pauvre, assurément, mais ne s’en attriste jamais. Qui est grand, le plus grand.