Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 42) La nuit et le silence

1Les moines doivent s'appliquer au silence en tout temps, mais principalement pendant la nuit. 2C'est pourquoi, en toute saison, soit que l'on jeûne, soit que l'on dîne, 3si c'est une époque où l'on dîne, aussitôt après le repas du soir, les frères iront s'asseoir tous ensemble en un même lieu: l'un d'eux lira les Conférences ou les Vies des Pères ou quelqu'autre chose qui puisse édifier les auditeurs… 6On lira quatre ou cinq feuillets, ou autant que l'heure le permettra, 7tandis que tous s'empressent de rejoindre la réunion pendant la durée de cette lecture, y compris ceux qui auraient été occupés à quelque obédience.

8Tous étant ainsi assemblés, on récitera Complies. Au sortir de cette Heure, il ne sera plus permis à personne de dire quoi que ce soit. 9Si quelqu'un viole cette règle du silence, il sera puni rigoureusement: 10on excepte les cas urgents d'hospitalité ou un ordre de l'abbé. 11Mais, même en ces circonstances, tout se fera avec une extrême gravité et une parfaite retenue.

Saint Benoît le dit bien : le silence ne se limite pas à la période d’obscurité que nous appelons la nuit. Il faut s’y appliquer en tout temps. N’empêche : depuis toujours, le silence de nuit a été qualifié d’une note d’intensité toute particulière. Comme le sommeil apporte repos et réparation au corps fatigué par l’exercice d’une journée, ainsi le silence de nuit doit-il redonner vigueur au silence qui a porté le poids du jour. Possiblement agressé durant la journée, le silence a besoin de se refaire la nuit.

Depuis longtemps, l’électricité a virtuellement fait disparaître le contraste entre lumière et obscurité. C’est plus vrai encore de tous les moyens techniques de communication, ils se sont chargés de démentir l’alliance entre obscurité et silence. De nuit comme de jour, l’agression possible est là. Cela ne donne que plus de force à l’injonction de saint Benoît. Là où la nuit engendrait ou favorisait le silence, c’est aujourd’hui le silence qui doit venir habiter la nuit, s’imposer à elle, l’envahir graduellement.

Invité à s’appliquer en tout temps au silence, le moine se voit demander de le laisser exister tout particulièrement durant la nuit, à le laisser « parler », à le laisser descendre, doucement, lentement. La nuit a aujourd’hui besoin de silence ; le moine est invité à le lui donner.