Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 37) Les vieillards et les enfants (1)

1Bien que la nature nous porte assez par elle-même à avoir compassion des vieillards et des enfants, il est bon de pourvoir encore à leurs besoins par l'autorité de la Règle.
2
On aura donc toujours égard à leur faiblesse, on ne les astreindra pas à la rigueur de la Règle en ce qui touche l'alimentation.
3
Mais on usera envers eux d'une tendre condescendance et ils devanceront les heures régulières des repas.

Qui est le vieillard, qui est l’enfant ? Comment décider de ces deux catégories ? Moi qui lis la règle de saint Benoît, suis-je un vieillard ou suis-je un enfant ? Qu’ont-ils en commun ? Apparemment la faiblesse, puisque c’est elle qui fait qu’on leur réserve une tendre condescendance. Mais cette faiblesse est-elle de même nature chez l’un et chez l’autre ? Et pourquoi adoucir l’austérité de la règle en matière d’alimentation uniquement ?

Autant de questions qui invitent à lire ce chapitre autrement que comme un simple accommodement disciplinaire, si compréhensif et si humain soit-il.

Il y a toujours bien quelqu’un pour vous trouver vieillard, il y a toujours bien quelqu’un pour juger que vous êtes un enfant. Mais nous ne pouvons plus aujourd’hui lire ce chapitre comme s’adressant simplement à deux catégories bien typées de moines. Chaque moine doit lire ce chapitre pour lui-même, se sachant tour à tour vieillard et enfant, pouvant se reconnaître tantôt chez le vieillard et tantôt chez l’enfant, faible en tout cas, ayant besoin d’une tendre condescendance.

L’enfance ne se lit pas seulement sur la peau vierge et le visage lisse, pas plus que le vieillard ne se reconnaît aux rides et à la peau parcheminée. Quelle serait alors cette faiblesse qui est de nature à attendrir la nature elle-même ?