Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 34) Rien d'uniforme

1Comme il est écrit: "On partageait à chacun selon ses besoins." (Ac 4,35)
2
Par là, nous ne disons pas qu'on fasse acception des personnes - ce qu'à Dieu ne plaise - mais qu'on ait égard aux infirmités.
3
Celui qui a besoin de moins, rendra grâces à Dieu et ne s'attristera point;
4
celui à qui il faut davantage, s'humiliera et ne s'élèvera point à cause de la miséricorde qu'on lui fait.
5Ainsi tous les membres seront en paix.

6Avant tout, que jamais n'apparaisse le vice du murmure, pour quelque raison que ce soit, ni en paroles, ni en un signe quelconque. 7Si quelqu'un est reconnu coupable, il sera soumis à une correction sévère.

En quelques lignes, à propos d’un point sensible de la vie commune, saint Benoît fait appel aux grandes attitudes fondamentales qu’on attend du moine.

Pas d’acception des personnes. Cette indication, donnée déjà à l’abbé (2, 20), vaut pour chacun dans sa manière d’être. Ne pas donner prise à la comparaison, ce péché originel qui veut que nous ayons ou soyons toujours davantage que l’autre, qui nous fait nous comparer à Dieu lui-même. « Vous serez comme des dieux » (Gen. 3, 5).

Pas de comparaison pour qu’il n’y ait pas de murmure, cette forme de violence (verbale ou autre) qui finit par tuer les relations, qui enlève toute paix, d’abord chez l’auteur du murmure avant de l’enlever chez ceux qui en sont les témoins ou les victimes.

Pas de comparaison, mais beaucoup d’égard aux infirmités. Est-ce une infirmité d’avoir besoin de moins ? En est-ce une d’avoir besoin de plus ? Il faut en tout cas rencontrer l’un et l’autre de ces besoins. L’abondance peut humilier, si elle ne répond pas à un besoin ; la miséricorde peut humilier aussi, quand elle devient condescendance par manque d’amour.

Pas de comparaison, pour qu’il n’y ait aucune tristesse, mais par-dessus tout la paix. Un nécessaire que tous doivent recevoir…également.