Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 33) Pas de propriétaire

1Avant tout, il faut retrancher du monastère jusqu'à la racine ce vice de la propriété.
2Que personne n'ait donc la témérité de rien donner ou recevoir sans l'autorisation de l'abbé;
3
ni de rien posséder en propre, quoi que ce puisse être, ni livres, ni tablettes, ni stylet pour écrire, en un mot absolument rien,
4
puisqu'il n'est même plus licite aux moines d'avoir à leur disposition ni leur corps ni leurs volontés.
5
Ils doivent espérer et attendre du père du monastère tout ce qui leur est nécessaire. Et personne ne pourra avoir quelque chose que l'abbé n'ait donné ou permis.

6Que tout soit commun à tous, ainsi qu'il est écrit. (Ac 4,32) Que personne ne dise que quelque chose lui appartient, ni n'ait la témérité de se l'approprier.
7
Si quelqu'un se complaisait en ce vice détestable, on l'admonesterait une et deux fois;
8
s'il ne s'amendait pas, on le corrigerait.

Ceci est à moi, ceci n’est pas à toi. Ceci n’est pas à moi, ceci est à toi. Assigner ainsi des limites établit un périmètre. Cela devrait faire cesser les contestations entre voisins. Cela désigne le propriétaire, qu’il d’agisse d’un terrain, d’un livre, d’une tablette, d’un stylet ou de quoi que ce soit.

Ceci est à moi, ceci n’est pas à toi. La relation ainsi créée est une relation de droit. Celui que j’exerce ou n’exerce pas, celui que l’autre exerce ou n’exerce pas. En demandant d’éradiquer à tout prix le vice de la propriété, saint Benoît refuse que les relations entre frères se contentent d’être des relations de droit. Non pas qu’il ignore le respect dû à chacun – il en fait d’ailleurs un devoir à l’abbé – mais il n’entend pas que le seul droit fasse le fondement des relations entre frères.

Ceci est à moi, ceci est également à toi. Seule la charité peut parler ainsi, sans que s’élèvent les querelles de voisinage. La vie cénobitique n’est pas un contrat passé entre frères, dont les parts se trouvent exactement découpées. La réduire à une propriété, fût-elle partagée, c’est la vicier à la base.

N’est-ce pas le modèle que le Christ a laissé ? « Tout ce qui est à toi est à moi, tout ce qui est à moi est à toi » (Jean 17,10).