Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 32) (2) Le devoir d'être propre

1L'abbé confiera à ceux des frères, dont la vie et les mœurs sont sûrs, ce que le monastère possède en outils, vêtements ou n'importe quels objets.
2
Il leur remettra tout ce qu'ils doivent garder et recueillir selon qu'il l'aura jugé utile.
3
L'abbé en conservera l'inventaire afin de savoir ce qu'il donne et ce qu'il reçoit, lorsque les frères se succèdent l'un à l'autre dans ces charges.

4Si quelqu'un traite les objets du monastère avec malpropreté ou négligence, il sera réprimandé;
5s'il ne s'amende pas, il subira la discipline régulière.

Se laver est un acte social, rendre pur son environnement est un geste d’accueil, un geste d’hôte au sens actif du terme, un geste d’hôtelier. Saint Benoît est loin d’y être insensible, qui demande aux frères de veiller à la propreté de ce qu’ils transmettent à d’autres, instruments ou vêtements (RB 35, 7.10 ; 55, 10.13).

Garder malpropre ce qu’on utilise, c’est en réalité vouloir se l’approprier. Non seulement c’est contraire à l’élémentaire politesse et vie sociale, mais cela relève du vice de la propriété, si radicalement condamné par saint Benoît. Ce qui est sale est sale pour tout le monde, sauf pour moi, tant que je ne le rejette pas. C’est devenu à moi et à moi seul.

Négliger ce qu’on utilise, c’est ne pas reconnaître le lien qui rattache l’instrument à la communauté qui le possède, c’est laisser ce lien se distendre. Ici aussi, c’est vouloir le faire mien, c’est vouloir m’en emparer, vouloir le relier à moi et à moi seul.

S’il est vrai que malpropreté et négligence mettent en jeu une possible appropriation, on comprend que saint Benoît y ait accordé autant d’importance. Il a eu bien raison de situer la garde des outils et instruments au niveau des valeurs monastiques les plus fondamentales.