Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 31, 3-11) Rien n'est négligeable

3Que le cellérier ait soin de tous;
4
qu'il ne fasse rien sans l'ordre de l'abbé;
5
qu'il exécute ce qui lui est commandé,
6qu'il ne mécontente pas les frères.
7
Si l'un d'eux vient à lui demander quelque chose de déraisonnable, qu'il ne l'indispose pas en le rebutant avec mépris, mais qu'il lui refuse avec raison et avec humilité ce qu'on lui demande mal à propos.
8
Qu'il veille à la garde de son âme…
9Il prendra un soin tout particulier des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres, convaincu qu'au jour du jugement il devra rendre compte pour eux tous.
10
Il regardera tous les objets et tous les biens du monastère comme les objets sacrés de l'autel.
11
Il ne tiendra rien pour négligeable.

En Carême, les moines sont invités à se racheter des négligences qu’ils ont consenties aux autres époques de l’année : de guerre lasse, saint Benoît semble prendre son parti de ces faiblesses si humaines. Pas de répit cependant pour le cellérier : rien ni personne ne peut être négligé, à aucun moment de l’année.

Rien de négligeable donc. Rien qui soit à laisser en dehors. Rien qui ne soit pas en relation avec tout ce dont il doit avoir le souci. Il ne tiendra donc rien en dehors de ce regard qu’il doit porter sur ce qui lui est confié. Objets et personnes appellent le même respect ; les frères autant que les biens du monastère sont à considérer comme sacrés, vases de l’autel, réceptacles de la vie de Dieu.

Il ne tiendra rien pour négligeable. Il ne laissera aucune fissure mortelle s’introduire entre les frères, bien plus, entre les frères et leur environnement. Il est le gardien du regard que les frères eux-mêmes jetteront sur eux et sur le monde dans lequel ils vivent.

Le prologue (9) de la règle invite à ouvrir les yeux à la lumière divine. Saint Benoît, à la fin de sa vie, fut ainsi gratifié de la vision du monde entier. Sans doute en avait-il entretenu le désir durant toute sa vie, cherchant à voir tout sous le regard de Dieu. Il demande au cellérier de nourrir et laisser grandir en lui le même désir, ne tenant rien pour négligeable.