Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 29) Accepter les détours ?

1 Un frère, sorti du monastère par sa propre faute, désire-t-il y rentrer, il devra promettre d'abord un total amendement du vice qui a causé son départ.
2
On le recevra alors au dernier rang pour éprouver son humilité.
3
S'il sort de nouveau, on le reprendra ainsi jusqu'à trois fois. Après quoi, il saura désormais que toute voie de retour lui est fermée.

Le fait que ce chapitre soit inséré dans le code pénitentiel le dit d’emblée : le frère fait toujours partie de la communauté. Et si, dans les autres chapitres, saint Benoît n’hésite pas à recourir aux peines corporelles ou à d’autres sanctions comme l’excommunication, il n’y a ici aucune peine requise, si ce n’est, après un amendement total, occuper le dernier rang. Est-ce d’ailleurs une peine ? ou la mise en pratique concrète du septième degré d’humilité ? ou encore le traitement réservé au dernier entré dans le monastère ?

Clémence, compassion ? Les deux, certainement. Saint Benoît ne craint pas pour sa communauté : le frère qui est sorti n’est pas un perturbateur, ni un violent ; il a agi par orgueil, par découragement, par inconstance. Il n’a pas laissé au Christ le temps d’agir, de faire mourir le vieil homme et de le faire renaître. Il a manqué de patience, de persévérance.

Le frère ainsi sorti ne représente pas un danger pour la communauté, il pourra par trois fois hésiter et revenir. A l’image du Christ qui, par trois fois, a interrogé Pierre sur son amour et lui a laissé sa confiance, saint Benoît va donner au frère la possibilité de remplir sa promesse. Il souhaite le repentir, mais ne pose plus la question : « cherche-t-il vraiment Dieu ? ». La réponse a déjà été affirmative ! Il suffira que le frère demande humblement pardon ; que, dans cette école de charité, il se souvienne des paroles qui lui ont été dites : « garde-toi bien, sous l'effet d'une crainte subite, de quitter la voie du salut, sachant qu’on ne peut s’y engager que par la porte étroite » (Prologue 48).