Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 28) L'abbé acculé à exclure ?

1Si un frère, après avoir été fréquemment repris pour quelque faute et même après avoir été excommunié, ne s'amende pas, on lui infligera une correction plus rude…
2Que s'il ne se corrige pas encore, ou que, peut-être, enflé d'orgueil, …il veuille même défendre sa conduite, l'abbé fera alors ce que fait un sage médecin:
3employer les cataplasmes, les onguents des exhortations, les remèdes des divines Ecritures, enfin la brûlure de l'excommunication …
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S'il voit que toute son habileté n'a rien obtenu, il emploiera alors un moyen plus efficace, sa prière et celle de tous les frères pour lui,
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afin que le Seigneur, qui peut tout, rende la santé à ce frère malade.
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Mais si ce remède n'opérait point la guérison, l'abbé prendra alors le fer qui retranche …de peur qu'une brebis malade ne contamine tout le troupeau.

Il se peut que le remède ne soit pas efficace. Il se peut que le désert de l’excommunication ne produise pas les fruits qu’on en attend. Il se peut que le frère ne se laisse pas instruire par le geste du bon pasteur, qu’il ne mesure pas l’immense miséricorde qui l’a ainsi porté.

Pourtant, l’heure n’est pas encore à une ultime décision. Saint Benoît la diffère, le plus loin possible. Il demande à l’abbé de tout faire, même si finalement il doit être en quelque sorte comme acculé à l’irrémédiable. Aucun médecin ne peut guérir un patient qui refuse de guérir. Si habile que soit le déploiement des « arguments », le discours ne convaincra pas celui qui refuse d’être convaincu. Saint Benoît envisage même que la prière puisse ne pas aboutir, ni se voir exaucée : elle peut laisser le frère à son entêtement orgueilleux. Au passage, Benoît donne ainsi un profond enseignement sur la prière elle-même.

Vient alors le fer qui retranche. Mais condamne-t-il le frère à sa perte ? Comme s’il ne s’y résignait pas, saint Benoît envisagera ensuite une éventuelle réinsertion. Sous condition, bien sûr, mais à trois possibles reprises. Là où il a affaibli la communauté à force de la contaminer, comme ferait un parasite, le frère aura désormais à l’accompagner, avec constance, dans la vie courante. L’exclusion aura eu comme fruit la conversion.