Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 27) Inverser la logique de l'économie

1L'abbé doit prendre soin en toute sollicitude des frères qui ont failli, parce que "ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades." (Mt 9,12)
2
C'est pourquoi il doit, comme un sage médecin, user de tous les moyens…
5
L'abbé, en effet, doit avoir un soin tout particulier et s'empresser, avec toute son adresse et toute son habileté, pour qu'il ne perde aucune des brebis à lui confiées.
6
Il doit savoir qu'il a reçu le soin d'âmes malades et non une autorité tyrannique sur des âmes saines…
8
Qu'il imite… l'exemple de tendresse du Bon Pasteur qui, ayant laissé dans les montagnes quatre-vingt-dix-neuf brebis, partit chercher l'unique brebis qui s'était égarée; (Lc 15,4-5)
9
il eut de sa faiblesse une si grande compassion qu'il daigna la charger sur ses épaules sacrées et ainsi la rapporter au troupeau. (He 4,15)

Perdre. Argent perdu, âme perdue, femme perdue, frère perdu. Le verbe vaut en économie comme en morale. Mais pour que ce soit dit perdu, il a bien fallu que quelqu’un perde d’abord. Qui donc a perdu ? L’abbé ? les frères ? Dieu ?

Les trois. Et, dans la ligne de l’Evangile, comme toujours, saint Benoît demande à l’abbé d’adopter la « logique » déployée dans la parabole de la brebis perdue. Au nom de Dieu, au nom des frères, au nom de lui-même.

Il s’agit, ni plus ni moins, de renverser toute la logique économique, de refuser la moindre dépense, le moindre sacrifice qu’on ferait en application du faux principe : mieux vaut perdre un que tous, mieux vaut sacrifier un au profit de tous. Inclure au lieu d’exclure.

Geste tout nouveau. Négativement, c’est refuser de calculer un pourcentage, même minime, de perte acceptée. Positivement, c’est montrer que tout le travail consiste à sauver précisément ce que nous consentirions à perdre.

« Je suis venu pour guérir et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19, 10)