Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 25) Un cordon sanitaire ?

1Le frère coupable d'une faute grave sera privé tout à la fois de la table commune et de l'oratoire.
2
Aucun frère n'aura avec lui ni relation ni entretien.
3
Il restera seul à l'ouvrage qui lui est enjoint, demeurant ainsi dans le deuil de la pénitence, et méditant cette sentence terrible de l'Apôtre: 4"Un tel homme a été livré à la mort de la chair, afin que son esprit soit sauvé au jour du Seigneur." (1 Co 5,5)

5Il prendra seul son repas, suivant la mesure et à l'heure que l'abbé aura jugées opportunes.
6
Ceux qui passent ne le béniront pas, ni la nourriture qui lui est servie.

Saint Benoît semble bien sévère vis-à-vis du frère coupable d’une faute grave : exclusion de la table commune et de l’oratoire, absence totale de relation, mise à l’écart organisée. Pas même un signe à donner de la part de Dieu, ni sur celui qui mange ni sur ce qu’il mange.

Cela ressemble à établir un cordon sanitaire. Est-ce évangélique ? En réalité, ce que saint Benoît met ainsi en œuvre autour du frère qui s’est égaré, c’est en quelque sorte le désert. Bien plus qu’une sanction, il s’agit de donner au frère la possibilité de trouver ou retrouver les conditions les meilleures pour se convertir. Quoi de plus évangélique que le désert, pour entendre l’invitation : Convertissez-vous.

Solitaire dans son travail, son repas et sa prière, le frère ne peut qu’être confronté à lui-même, sans échappatoire possible. Pour autant qu’il veuille bien s’ouvrir non seulement à ce qu’il est, en vérité, mais plus encore à ce que Dieu est. Lieu de conversion, le désert est également, et par excellence, le lieu de la rencontre du Père plein d’amour et de tendresse. Les deux vont d’ailleurs de pair et ne font qu’un.