Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 24) La faute et sa réparation

1La mesure de l'excommunication ou du châtiment doit être proportionnée à la gravité de la faute,
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et la gravité des fautes dépend du jugement de l'abbé.

3Si un frère est coupable de fautes légères, il sera privé de la table commune.
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Or, celui qui sera ainsi privé de la communauté de la table sera traité comme il suit: à l'oratoire, il n'entonnera ni psaume, ni antienne et ne récitera pas de leçon, jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction.
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Il prendra son repas seul, après le repas des frères:
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si, par exemple, les frères mangent à la sixième heure, ce frère ne le fera qu'à la neuvième; et si le dîner des frères est à la neuvième, le sien n'aura lieu que le soir,
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jusqu'à ce qu'il ait obtenu son pardon par une satisfaction convenable.

La faute marque une cassure : quelque chose ne circule plus. Elle introduit comme un élément perturbateur dans le canal censé jouer le rôle de transmission.

En pratiquant une sorte d’homéopathie, saint Benoît applique le remède là où la communication joue le plus concrètement. Il prive de la communion à la table du repas, mais aussi à la table de la Parole, à l’Office divin. Il fait jouer la sanction là où la solidarité spirituelle joue elle-même davantage. Pour rétablir, saint Benoît semble d’abord priver.

Le frère coupable n’est plus en mesure d’édifier les frères (38, 12). Non que sa diction en soit nécessairement affectée, mais plutôt une distance s’est introduite entre ce qu’il dit et ce qu’il fait ou a fait. Psaumes, antiennes, leçons ne portent plus dans sa bouche. Il ne peut plus les dire. Elles ne parlent plus par lui.

Jusqu’à ce qu’il ait obtenu son pardon. Jusqu’à ce que les circuits de la communication aient été rétablis. Jusqu’à ce que la communion soit de nouveau possible. Jusqu’à ce que les frères puissent à nouveau être « édifiés ».