Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 21) Partager l'autorité

1Si la communauté est nombreuse, on choisira quelques-uns d'entre les frères qui sont de bonne réputation et de sainte vie, (Ac 6,3) et
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on les établira doyens. Ils veilleront en tout sur leurs décanies, conformément aux commandements de Dieu et aux ordres de leur abbé.
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On choisira pour doyens ceux des moines avec lesquels l'abbé puisse en toute sécurité partager son fardeau.
4On ne les choisira pas selon leur ancienneté dans la communauté, mais selon le mérite de leur vie et la sagesse de leur doctrine.

5Si, par hasard, l'un d'eux, enflé d'orgueil, mérite répréhension, on le corrigera une première, une deuxième et une troisième fois. S'il ne veut pas s'amender, on le déposera
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et on mettra à sa place un autre qui en soit digne.
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Nous établissons la même règle au sujet du prieur.

A nouveau, saint Benoît témoigne d’une grande liberté. Vis-à-vis de l’âge, par exemple : mérite et sagesse peuvent ne pas avoir besoin de longues années passées dans la communauté. Vis-à-vis encore de sa propre autorité : il se montre prêt à la partager.

On choisira, écrit-il à trois reprises ; avant d’écrire aussi : on le corrigera, on le déposera, on mettra un autre à sa place. Qui : on ? Cet impersonnel indéfini dégage ici comme une sorte de confiance spontanée, un détachement plein d’espérance dans la démarche qu’il suscite, une sainte indifférence devant le cours des choses remises à qui de droit.

Nous parlerions aujourd’hui d’aptitude à déléguer, de partage du pouvoir, d’un principe de gouvernement. Grandes qualités humaines, certes. Chez saint Benoît, ne faut-il pas chercher beaucoup plus profond ? Dans cette conviction qu’il n’est pas le propriétaire de son autorité, qu’il l’a reçue pour la partager, pour la multiplier au service des frères.