Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 20) Prier : une question de durée ?

1Lorsque nous avons une requête à présenter aux puissants de la terre, nous n'osons le faire qu'avec humilité et respect.
2
A plus forte raison faut-il supplier le Seigneur Dieu de l'univers en toute humilité et pure dévotion.
3Sachons bien que ce n'est pas l'abondance des paroles, mais la pureté du cœur et les larmes de la componction qui nous obtiendront d'être exaucés.
4
La prière doit donc être brève et pure, à moins que peut-être la grâce de l'inspiration divine ne nous incline à la prolonger.
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Mais en communauté, la prière sera très courte, et, sur le signal du supérieur, tous se lèveront en même temps.

Brève et pure. S’agit-il seulement de ne pas durer dans le temps, d’être chimiquement pur ? S’agit-il seulement de ne pas prêter le flanc à l’abondance de paroles, d’offrir une surface lisse et sans aspérités ?

Brève. Cela veut dire aussi : dense, concentrée, ramassée, aux antipodes de la dispersion. La véritable prière écrit silencieux, elle parle assez doux pour ne pas effaroucher l’Esprit, pour en quelque sorte l’apprivoiser, pour ne pas l’éteindre. Le bruit assourdissant peut ne pas durer longtemps, il n‘est jamais bref. La véritable prière n’est jamais assourdissante ; tout en étant brève, elle peut durer longtemps : peut-être la grâce de l’inspiration divine nous incline à la prolonger.

Pure. Cela veut dire aussi : belle de cette beauté dont nous avons besoin pour vivre, pleine de grâce justement, au sens le plus divin du mot. Donc aussi gratuite. Ascèse authentique : la véritable pureté exige la totalité des voix. Mais tout est pur pour celui qui est pur : liberté authentique aussi de cette même ascèse.

Quelle qu’elle soit, la prière a l’humble prétention de s’inscrire dans le paysage du Seigneur Dieu de l’univers, d’y écrire sa page. Brève et pure : à ce titre, captant toute l’attention de Celui à qui elle s’adresse. Exaucée.