Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 19) L'esprit accordé à la voix

1Partout nous croyons fermement que Dieu est présent et que les yeux du Seigneur considèrent en tout lieu les bons et les méchants. (Pr 15,3)
2Mais surtout, il faut le croire fermement lorsque nous assistons à l'office divin.
3Ayons donc toujours dans la mémoire ce que dit le Prophète: "Servez le Seigneur dans la crainte." (Ps 2,11)
4
Et encore: "Psalmodiez avec sagesse." (Ps 46,8)
5
Et: "Je te chanterai en présence des Anges." (Ps 137,1)
6Considérons donc comment nous devons nous tenir en la présence de la Divinité et de ses Anges,
7et tenons-nous pour psalmodier de manière que notre esprit soit en accord avec notre voix.

Que notre esprit soit en accord avec notre voix, que notre âme soit en harmonie avec notre corps. Autrement dit, qu’aucune division mortelle ne trouve à s’insérer en nous.

La première insistance est mise ici sur la voix. C’est elle qui psalmodie. C’est d’abord elle que l’esprit doit entendre. L’important est donc de bien psalmodier, de faire droit à toutes les requêtes du corps qui demeure le support du savoir, du travail, de la mémoire, de la sensibilité, de l’intuition et surtout de l’invention. Quoi qu’il en soit des machines parlantes, aucune ne peut se substituer ici à l’acte fondamental de dire et de bien dire.

Mais à quoi bon le corps, à quoi bon la voix, si ce n’est pas pour un au-delà ? Peuvent-ils du reste être ce qu’ils doivent être, s’ils ne cherchent pas à aller au-delà et ailleurs ? Peut-être que l’âme et l’esprit jaillissent de ce creux qui s’ouvre et qui demande à être comblé.

Saint Benoît évoque donc ici bien plus qu’un ajustement de ce qu’on fait à ce qu’on dit. Il fait appel au corps tout entier, laissant entendre qu’il ne sera tel qu’en s’ouvrant à l’esprit. A l’Office divin, le moine dit « je » là où son corps devient son âme, indissolublement. Faut-il s’étonner alors qu’il n’y ait rien à lui préférer ?