Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 7, 55) Le moine : un "copier coller" ?

55Voici le huitième degré d'humilité: le moine ne fait rien que ce qui est prescrit par la règle commune du monastère et conseillé par les exemples des Pères.

Le moine devrait-il se contenter de copier, toujours en train de reproduire un modèle que lui offre la tradition, toujours en train de plagier ?

L’acte de recevoir est moins passif qu’on ne le croit. Je dois d’abord prendre, je dois d’abord apprendre. D’avoir ainsi appris, le moine sait ce que la tradition lui communique, lui partage. Quelqu’un le lui a transmis. En acceptant de recevoir cet enseignement, le moine reconnaît dans la tradition un lieu dont il n’est pas le point de référence : humble, une première fois. Humble, une deuxième fois, pour répéter, car la répétition produit un jour la nouveauté : toutes les grandes découvertes en témoignent. A force de dire et redire, un monde nouveau se crée. Les grands mystiques en témoignent également.

Sans craindre l’usure du quotidien, le moine dit et redit, fait et refait, entend et réentend. Un jour ou l’autre, l’ « humilité foudroyante de l’intuition juste » fait que le moine s’approprie véritablement ce qu’il a reçu : ce qu’il savait, il le connaît maintenant de l’intérieur, il le fait sien, il le ressent, il le vit. La tradition est devenue la sienne ; plus exactement, il en fait désormais partie. Humble, une troisième fois, il va pouvoir la transmettre à son tour, avec le visage qu’il lui a donnée.