Commentaires de la Règle de saint Benoît

RB 7, 51-54 : Le dernier de tous ?

51Voici le septième degré d'humilité: non seulement se proclamer des lèvres le dernier et le plus vil de tous, mais aussi le croire fermement du fond de son cœur,
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s'humiliant et disant avec le Prophète: "Pour moi je suis un ver et non un homme; je suis l'opprobre des hommes et le rebut du peuple; (Ps 21,7)
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j'ai été élevé, puis humilié et couvert de confusion."(Ps 87,16)
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Et ailleurs: "Il m'est bon d'avoir été humilié par toi, afin que j'apprenne tes commandements."(Ps 118,71,73)

On trouve toujours plus riche que soi, plus intelligent que soi, plus beau que soi, plus saint que soi. Mais aussi on trouve toujours plus petit que soi, dont on a d’ailleurs toujours besoin ; on trouve plus pauvre que soi, plus démuni que soi, plus laid que soi, plus pécheur que soi. Comment donc se dire et s’estimer en vérité le dernier et le plus vil de tous ?

En refusant de s’aventurer sur le terrain de la comparaison. Mais en voulant rester continuellement en présence de Dieu. Mais en se rappelant que le Fils de Dieu, l’égal du Père, s’est un jour vidé de lui-même, s’est anéanti (Phil. 2, 7), est devenu rien, le dernier de tous.

En ouvrant ainsi la porte à la charité, qui suppose précisément la mort de la comparaison : « elle n’envie pas, ne fanfaronne ni ne si gonfle, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Cor. 13, 4-7). Car seul l’amour a pu mettre l’un en face de l’autre Dieu humilié et l’homme cherchant à le rejoindre dans cette humilité, Dieu glorifié et l’homme se glorifiant dans le seul Christ ressuscité.

Le moine se fait le dernier et le plus vil de tous, parce qu’il n’a rien de plus cher que de pouvoir s’identifier ainsi au Christ.