Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 7, 44-48) Le dialogue de la faiblesse

44Voici le cinquième degré d'humilité: découvrir à son abbé, par un humble aveu, toutes les pensées mauvaises qui viennent à l'âme ainsi que les fautes qu'on aurait commises en secret.
45
L'Ecriture nous exhorte à cette pratique lorsqu'elle dit: "Révèle ta conduite au Seigneur et espère en lui;"(Ps 36,5)
46
et encore: "Confessez-vous au Seigneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est à jamais."(Ps 105,1 ; Ps 117,1)
47
De même le Prophète: "Je t'ai fait connaître mon péché, et je n'ai pas caché mon iniquité;
48j'ai dit: je proclamerai contre moi mes transgressions au Seigneur, et tu m'as pardonné l'impiété de mon cœur."(Ps 31,5)

Pour exposer ses faiblesses, il faut être fort. Pour se savoir reçu jusque dans ses dernières extrémités, il faut faire une confiance extraordinaire. Pour se livrer ainsi sans retenue, c’est-à-dire sans vouloir rien retenir pour soi, il faut un détachement sans faille.

Le cinquième degré d’humilité envisage seulement le point de vue du moine qui est invité à faire la démarche. Mais seule l’humilité peut appeler l’humilité. Qui dira celle qui est nécessaire à l’abbé pour recevoir un tel aveu, pour susciter la confiance qu’il suppose, pour éveiller l’humilité sans laquelle rien n’est possible ?

Le cinquième degré d’humilité invite à un authentique dialogue. Que serait un aveu à sens unique, si humble soit-il ? Comment l’abbé pourrait-il ne pas être invité à y reconnaître quelque chose de sa propre faiblesse (64,13), et demander, pour lui autant que pour le moine, le pardon qui remplit le cœur de Dieu ?

Cet humble dialogue a un nom. Comme celui de Dieu, il ne peut être prononcé qu’en tremblant.