Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 7, 31-34) Qui doit être humble ?

31Voici le deuxième degré d'humilité: ne pas aimer sa volonté propre, ni se complaire dans l'accomplissement de ses désirs,
32mais bien plutôt imiter dans sa conduite cette parole du Seigneur: "Je ne suis pas venu faire ma volonté mais celle de celui qui m'a envoyé." (Jn 6,38)
33L'Ecriture dit encore: "Le plaisir encourt la peine, l'effort procure la couronne."
34Tel est le troisième degré d'humilité: se soumettre au supérieur en toute obéissance, pour l'amour de Dieu, à l'imitation du Seigneur, dont l'Apôtre dit: "Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort". (Ph 2,8)

On ne le dit pas assez. Le deuxième degré d’humilité s’adresse également au supérieur, à l’abbé. Pour lui non plus, il ne s’agit pas d’imposer sa volonté propre au moine, de se complaire dans l’accomplissement de ses désirs. La qualité de l’obéissance du moine dépend aussi de la qualité avec laquelle elle lui est proposée, voire imposée.

L’obéissance met ainsi deux volontés l’une en face de l’autre. Elle les fait se rencontrer. Il ne peut s’agir d’un choc frontal, où l’un réduit l’autre à rien. L’humilité ne peut conduire au suicide de la volonté, ni de l’un ni de l’autre. Où trouver le secret de cette soumission qui laisse toutes les chances à l’existence de chacun? Saint Benoît fait appel à l’amour de Dieu ; c’est à lui qu’il demandera d’être la véritable motivation de ce qu’il appelle la soumission au supérieur en toute obéissance. Il y reviendra pour les situations où l’obéissance se fait plus ardue, impossible (c. 68).

Quoi de plus humble que l’amour ? Quoi de plus respectueux de l’autre ? Quoi de plus librement contraignant ? Qui, de l’Abbé ou du moine, envisagerait de s’en dispenser ?

Sans humilité, pas d’amour. Sans amour, pas d’humilité.