Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 6, 3-8) Pourquoi le silence ?

3Etant donnée l'importance du silence, on n'accordera que rarement aux disciples, fussent-ils parfaits, la permission de parler même de choses bonnes, saintes et édifiantes.
6De fait, s'il appartient au maître de parler et d'enseigner, il convient au disciple de se taire et d'écouter.
7
En conséquence, s'il faut demander quelque chose au supérieur, on le fera en toute humilité, soumission et respect.
8
Quant aux bouffonneries, aux paroles oiseuses et qui portent à rire, nous les bannissons pour jamais et en tout lieu, et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour de tels propos.

Le Verbe s’est fait chair. Cette phrase est au cœur de l’Evangile. Prise à la lettre, elle signifie que la parole a envahi la chair, comme si elle prenait la place de toutes ses fonctions, de tous ses organes, au risque même de l’insensibiliser, de l’intoxiquer, comme si elle la droguait.

Le Verbe s’est fait chair. Il s’agit ici de la Parole de Dieu. Paradoxalement, le moine est invité au silence pour que sa propre chair puisse faire place à celui qui parle ainsi. Faire silence pour sauver la chair du risque de dispersion dans la parole. Pour trouver le point d’équilibre entre la chair prisonnière de la parole et la parole enlisée dans la chair.

Le Verbe s’est fait chair. Dieu est devenu comme silencieux dans la chair ; la chair est devenue comme parole dans ce dialogue que Dieu lui a offert. Les ermites connaissent le point où il faut se placer pour percevoir le murmure de cette rencontre, comme des chasseurs savent où se placer pour attendre en silence le gibier qui ne passe que dans le silence.

Le moine cherche à gagner ce lieu. Ne rien préférer au Christ, lui est-il demandé. Se situer au carrefour où la parole et la chair se rencontrent, dans le merveilleux équilibre du Verbe incarné.