Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 5) Obéir

1Le premier degré d'humilité est l'obéissance sans délai.
2
Elle convient à ceux qui n'ont rien de plus cher que le Christ…,
4
dès que le supérieur a commandé quelque chose, ils ne peuvent souffrir d'en différer l'exécution, tout comme si Dieu lui-même en avait donné l'ordre…
7
Ceux qui sont dans ces dispositions, renonçant aussitôt à leurs propres intérêts et à leur propre volonté,
8
quittent ce qu'ils avaient en mains et laissent inachevé ce qu'ils faisaient. Ils suivent d'un pied si prompt l'ordre donné que,
9dans l'empressement qu'inspire la crainte de Dieu, il n'y a pas d'intervalle, toutes deux s'accomplissant au même moment…
14
Mais cette obéissance ne sera bien reçue de Dieu et agréable aux hommes, que si l'ordre est exécuté sans trouble, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance.
15
Car l'obéissance rendue aux supérieurs, c'est à Dieu qu'on la rend…
17
Si, au contraire, le disciple obéit, mais s'il le fait de mauvais gré, s'il murmure non seulement de bouche mais encore dans son cœur, 18même s'il exécute l'ordre reçu, cet acte ne sera pas agréé de Dieu, qui voit le murmure dans sa conscience.

Dans beaucoup de langues, écouter veut dire obéir : il y a une voix qui s’exprime, une voix qui explicite une vocation, brève peut-être, limitée dans le temps, mais vocation tout de même. Ecouter, obéir, signifie ainsi vibrer à la voix qui s’est fait entendre, se mettre en route pour y répondre. Vibrer signifie donc aussi émettre tous ces signaux qui font que l’on part, que l’on suit sa vocation.

L’obéissance établit une relation. Elle lance une sorte de pont entre celui qui donne l’ordre et celui qui le reçoit. Elle établit un canal de communication entre l’un et l’autre. Ce qu’on demande à une transmission, c’est de ne connaître ni parasites ni blocages. « Pas d’intervalle entre la parole du supérieur et l’action du disciple. » Il s’agit moins de vitesse que de pureté dans la communication. « Sans trouble, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance. »

Pour qu’une relation s’établisse et subsiste, il faut que les deux termes demeurent l’un et l’autre, sans que l’un absorbe l’autre. Ainsi, en tous lieux et temps, l’obéissance reflète l’image du commandement. Dis-moi comment tu obéis, je te dirai comment tu es commandé ; dis-moi comment tu commandes, je te dirai comment tu es obéi.

Pas d’apprentissage de la vie monastique, de la vie tout court, sans cette exposition à l’autre. Et pas seulement dans le cadre d’un ordre à donner ou à recevoir.