Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4, 74) Une miséricorde indéracinable

74Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

L’homme moderne a enlevé à Dieu tous les attributs dont ses prédécesseurs l’avaient généreusement pourvu : Tout-puissant, Créateur, Sachant tout, Providence, Responsable de la gouvernance du monde qu’il habite, Gestionnaire des richesses de l’univers. A l’inverse, l’homme moderne laisse à Dieu tous les attributs qui le caractérisaient lui-même : faible, fragile, victime, angoissé, persécuté ; l’homme moderne se donne toute liberté d’oublier Dieu, de l’ignorer, de le négliger, de lui cracher à la face, de le condamner et même de le tuer sans autre forme de jugement. Mais l’homme moderne n’a pas encore réussi à s’attribuer à lui-même la bonté, la miséricorde, la compassion. Or, sans ce dernier attribut, les autres ne valent rien, puisque je ne suis rien si je n’ai pas la charité (1 Co 13, 3).

Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu va donc au-delà de croire en un Dieu toujours capable d’un mouvement de « faiblesse » vis-à-vis du pécheur que je suis. Il s’agit bien ici de ne jamais désespérer de Dieu lui-même, de ce que des siècles d’histoire ne sont pas parvenus à lui enlever.

Le moine qui cherche Dieu ne peut pas lire cet instrument des bonnes œuvres comme une simple directive qui lui est adressée personnellement. En ne désespérant jamais de la miséricorde de Dieu, il défend Dieu, comme Dieu lui-même s’est défendu : avec une grande faiblesse pleine d’amour.