Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4, 62) Vouloir la sainteté

Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais le devenir d'abord, alors on le sera appelé avec plus de vérité.

L'être d'abord. Saint Benoît n'a guère évoqué le portrait du saint qu'il attend de voir se développer chez le moine. Nous pouvons en tout cas deviner qu'il regarde du côté de ceux qui l'ont précédé, les "saints Pères" qui accomplissaient en un jour une tâche que nous étalons sur une semaine (18, 25). Ou encore, ceux dont la pratique amène l'homme jusqu'aux sommets de la perfection (73, 2), ceux qui enseignent le droit chemin pour parvenir au Créateur (73, 4), avec parmi eux le grand saint Basile (73, 5).

A voir le respect avec lequel Benoît parle de la "sainte Pâque" (15, 1; 41, 1; 49, 7), comme aussi des "jours saints" (49, 3) qui doivent y conduire, on ne risque pas de se tromper en affirmant que, pour lui, la véritable sainteté plonge ses racines dans le mystère pascal. Peut-il d'ailleurs en être autrement pour celui qui demande de ne rien préférer au Christ ? Peut-on avoir quelque intelligence et compréhension du Christ, en dehors de son vécu pascal ? Peut-on s'approcher de la sainteté du Christ sans emprunter son propre chemin ?

L'être d'abord. Qui en jugera ? Mais s'agit-il d'en juger ? S'agit-il d'une sorte d'antériorité chronologique, comme une étape à franchir pour obtenir un label d'authenticité ? Il s'agit plutôt de se tenir à la source, de la laisser produire de tous côtés de nombreux ruisseaux, pour former un jour la grande rivière à laquelle on donnera un nom.

L'être d'abord. Peut-être cela veut-il dire : perdre d'abord sa sainteté pour la trouver. Laisser à d'autres le soin de la nommer, pour autant qu'elle ait besoin d'être nommée. La "logique" de l'Evangile pourrait bien s'appliquer ici aussi.