Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4, 55) (1) Aimer les saintes lectures

Le propre de l'Ecriture (aux deux sens que ce mot peut avoir : ce qui est écrit, mais aussi l'Ecriture par excellence, la Bible), c'est qu'elle demande à être lue. Et comme le monde que nous avons sous les yeux, le même livre, la même Bible, offre à nos regards une variété infinie de perspectives possibles. Selon notre âge, selon notre attention, selon notre foi, selon la profondeur et la délicatesse de notre âme, le même texte se laisse lire avec une multitude d'échos.

C'est le miracle de l'Ecriture. Recommencer une carrière toujours nouvelle. Comme la musique qui a besoin d'être jouée, d'être écoutée, et qui reçoit chaque fois quelque chose de plus.

L'Ecriture a besoin d'être lue pour exister, si on peut dire. Mais nous ne dirons pas d'elle : il faut avoir lu cela, comme on dit de certains livres, si on ne veut pas être considéré comme dépassé ou ringard. Il faut lire l'Ecriture, mais cela ne veut pas dire qu'il s'agit là de la même opération pour tout le monde, comme si nous devions tous y voir toujours les mêmes choses, en tirer les mêmes leçons, en parler de la même façon. Il faut lire l'Ecriture, parce que c'est probablement le meilleur miroir de la qualité de notre relation à Dieu : elle vaut tantôt moins, elle vaut tantôt davantage, elle mesure à la fois notre faiblesse et notre force.

L'Ecriture, comme la manne au désert, nourrit des gens différents, à des époques différentes, en des lieux différents. Encore faut-il la manger.