Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4, 47) Aimer la mort ?

47 Avoir chaque jour la menace de la mort devant les yeux.

Peut-on vivre dans un tel environnement ? Et comment répondre alors à la requête de saint Benoît ? Comment apprivoiser cette voisine envahissante, sinon en l’amenant sur le terrain de l’amour ? Mais, aimer la mort, est-ce possible ?

On ne peut aimer que ce qui est vivant. Pour aimer la mort, il faut en faire une vivante. Elle est une dimension de ma vie, elle en marque certaines limites. A ce titre, elle en fait partie intégrante. Elle circonscrit l’espace à l’intérieur duquel il me faut évoluer. Elle y ouvre une porte aussi. En cela, plutôt que restreindre l’espace de ma vie, elle l’élargit, lui donne une autre dimension, un au-delà. C’est le sens de la résurrection du Christ, point de convergence de toute la vie du moine.

Menaçante, la mort ? Omniprésente certainement. On y est livré tous les jours (RB 7, 38) ; elle convoque à la persévérance (RB, Prol. 50) ; elle marque l’héroïsme de l’obéissance (RB 7, 34). Mais si elle se révélait vivante, qui refuserait d’aimer la vie ?

Elle ne peut se révéler vivante qu’à travers une personne vivante, ayant elle-même vécu et traversé la mort. Seul le Christ ressuscité peut ouvrir pareille perspective. Seul il peut introduire la lumière de l’amour dans cet univers réputé ténébreux.

Ne rien préférer au Christ, c’est aussi ne pas lui préférer la mort, puisqu’il est la Vie.