Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4, 28) S'ouvrir à la vérité

28Dire la vérité de cœur comme de bouche.

A plusieurs reprises, saint Benoît demande au moine d’être cohérent avec lui-même. Au cours de la psalmodie, il faut que le cœur soit en accord avec la voix (19, 7) ; l’Abbé doit enseigner par des actes plus encore que par des paroles (2, 14) ; si on veut être appelé saint, il faut d’abord l’être, de telle sorte que l’appellation soit plus vraie (4, 62). Il faut donc dire la vérité non seulement avec ses lèvres, mais aussi avec son cœur.

Être cohérent avec soi-même est déjà une attitude extrêmement exigeante. Tout autant que l’obligation de se conformer à la réalité, de ne pas biaiser avec les choses et moins encore avec les personnes, de ne pas laisser s’étendre le royaume du mensonge. Mais tout n’est pas encore dit de ce qui est ainsi engagé.

La vérité ne m’appartient pas. Elle est le bien de tout le monde. Je n’en suis pas l’auteur, je ne la crée pas, je la prends là où elle est, tout simplement. A moins que ce ne soit elle qui me prend, qui m’habite, qui me couvre, qui me protège.

Le contraire de la vérité, le mensonge, se présente tout autrement. Je l’invente, je le construis, je le fabrique de toutes pièces, j’en suis l’auteur, le créateur. Même s’il peut se répandre, se faire collectif, le mensonge n’a d’abord que moi-même comme origine et comme horizon.

Lorsque le moine est invité à dire la vérité, de cœur comme de bouche, il est donc doublement invité à ne pas se laisser confiner à lui-même, aux dimensions étroites et finalement égoïstes du mensonge qu’il se serait construit lui-même. Dire la vérité, c’est affirmer qu’il y a un bien commun à tous et vouloir le partager.

Ne rien préférer au Christ, dit encore saint Benoît (4, 21). Il aurait pu dire : ne rien préférer à Celui qui a dit être lui-même la Vérité.