Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 4,13) Aimer le jeûne

Se laisser habiter

Qui vais-je laisser habiter en moi ? Par qui vais-je me laisser faire ?

Il faut pour cela qu'il y ait de la place. Le jeûne doit dire au moins à quoi nous ne voulons pas laisser de place, par quoi ou par qui nous ne voulons pas nous laisser envahir. Jeûne au sens global, et pas seulement diététique.

On a assez dit que notre civilisation est une civilisation de consommation. Elle considère l'homme comme un vide à remplir : avec du son, en lui mettant des écouteurs sur les oreilles; avec des images, en lui mettant l'écran devant les yeux; avec tout ce qui peut combler ses besoins, tout en les multipliant.

C'est le contraire de ce que Jésus fait quand il dit à la Samaritaine : Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif. L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissant en vie éternelle (Jean 4, 14). Le vrai jeûne est celui qui nous donne faim et soif de ce qui peut nous combler. Le vrai jeûne, celui que nous pratiquons quand l'Epoux nous est enlevé, est le jeûne qui traduit notre attente et notre espérance du retour du Christ. Pour que sa présence nous envahisse, pour qu'il devienne Celui que nous allons laisser faire en nous.

Le jeûne est en quelque sorte un appel à la présence. Viens, Seigneur Jésus. Il nous unit au gémissement de la création, qui attend du Christ sa libération et sa transfiguration. Comme dit Pierre Chrysologue : "Que celui qui jeûne ait le sens de celui qui a faim, lui qui veut que Dieu ait le sens de sa propre faim."