Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 2, 16...22) Un coeur universel

16Que l'abbé ne fasse point acception des personnes dans le monastère. 17Qu'il n'aime point l'un plus que l'autre, si ce n'est celui qu'il trouvera plus avancé dans les bonnes actions et l'obéissance.

18L'homme libre ne sera pas préféré à celui qui sera venu de l'esclavage, à moins qu'il n'y ait à cela une autre cause raisonnable...

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Car, libres ou esclaves, nous sommes tous un dans le Christ, et nous portons tous les mêmes armes, au service d'un même Seigneur.(Ga 3,28 ; Ep 6,8 ; Rm 2,11) "Auprès de Dieu, en effet, il n'y a pas acception de personnes."(Col 3,25)…

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L'abbé témoignera donc à tous une égale charité; et il n'y aura pour tous qu'une même discipline, appliquée selon les mérites de chacun.

Seul, unique, l’abbé doit pourtant verser dans tous les sens. Se faire universel. Tout recevoir, tout intégrer. Recevoir chacun, intégrer chacun. Tous les frères se valent, non pas dans une sorte de relativisme indifférencié, mais dans cette reconnaissance et ce respect continuels de la particularité de chacun, de sa richesse, de sa dignité d’enfant de Dieu.

Unique, l’abbé se doit ainsi d’être polyvalent, multivalent comme la tolérance. Non pas cumulant plusieurs fonctions, capable de mener plusieurs activités différentes, mais bien plutôt capable de découvrir et de rejoindre les valeurs diverses et différentes qui se cachent dans le cœur des frères. Capable de se découvrir lui-même en chacun d’entre eux.

Tourné vers tous, universel : on ne le devient pas de soi-même. Il faut en chercher le témoignage auprès de Celui pour qui chacun est unique. Ainsi invité à reproduire la manière du Dieu unique mais aussi universel, l’abbé puise dans le Christ l’exemple concret de ce qui ne peut que s’appeler amour.